Jumeaux: L’histoire bien ordinaire de deux bébés en santé — L’annonce


Je n’avais pas planifié de tomber enceinte. Depuis quelques semaines, je manquais d’énergie et je me réveillais parfois la nuit avec des maux de cœur. C’était assez pour me mettre la puce à l’oreille mais pas assez pour me convaincre de passer un test de grossesse. Puis j’ai commencé à être en retard. J’étais nerveuse mais l’anxiété à l’idée d’être à nouveau enceinte m’empêchait d’aller passer un test de grossesse. Après une semaine de retard, je me suis dit que si j’étais effectivement enceinte tout ce que j’allais accomplir en repoussant le test de grossesse était de ne pas avoir de sage-femme. En Ontario, les sage-femmes ne répondent pas à la demande et les listes d’attentes sont longues. Mon mari était en voyage d’affaire. J’ai pris mon courage à deux mains et je me suis arrêtée à la pharmacie en revenant d’être allée conduire les enfants à l’école, avant de partir au travail. J’ai fait ma petite visite à la toilette et voilà, c’était confirmé. J’ai envoyé un texto à mon mari: appelle-moi, ce n’est pas urgent mais c’est important. Il a su tout de suite. J’étais en route pour le travail lorsqu’il a appelé, en train de contourner le monument commémoratif de guerre devant de Château Laurier.

C’était au début février. J’ai toujours voulu une grosse famille. Par grosse famille, j’ai toujours pensé que 5 enfants c’était une grosse famille. Lorsque nous avons eu le sixième, j’ai trouvé que nos vies auparavant très occupées étaient devenues trop occupées. J’étais très fière de ma grande famille mais j’étais aussi convaincue que j’avais atteint ma limite. Je dois ajouter une nuance importante cependant: puisque je compte sur la planification familiale naturelle —  j’ai appris à reconnaître les signes d’ovulation afin d’éviter de concevoir —  j’ai toujours su qu’une grossesse “surprise” était possible. Et voilà, surprise, j’étais enceinte. Mes émotions face à ce bébé surprise étaient mixtes. Le plus on a d’enfants, le plus on réalise que notre coeur s’agrandi avec chacun d’eux. Ce nouveau bébé, je le savais, allait faire mon bonheur et apporter plus d’amour et d’émerveillement à notre famille. Mais mon anxiété face aux implications logistiques, professionnelles et personnelles était réelle. Je savais que j’allais faire face au barrage habituel de questions et de commentaires indiscrets avec cette septième grossesse et j’ai décidé de garder cette nouvelle pour nous. Je voulais être en paix avec ce nouveau tournant de la vie avant d’avoir à absorber la négativité des autres. Bien m’en pris.

Vers 11 semaines, nous avons annoncé la nouvelles aux enfants et peu de temps après, la ville entière était au courant. C’était une grossesse un peu différente des autres. J’étais moins malade mais plus fatiguée. J’avais tout le temps froid. Avec l’annonce des élections fédérales du printemps 2011, j’ai du décider si j’allais quand même être gérante de campagne pour mon patron malgré la grossesse. C’était une expérience unique à laquelle je m’étais déjà engagée. J’ai décidé d’honorer mon engagement en espérant que la fatigue et les nausées lèveraient autour de ma 16ième semaine de grossesse comme auparavant.

Au milieu de la campagne électorale, ma sage-femme m’a envoyé faire une échographie pour confirmer l’âge gestationnel. Le jour de l’échographie, mon mari ne pouvait pas m’accompagner. Je lui ai dis de ne pas s’inquiéter: ce n’est qu’une échographie pour confirmer la date prévue d’accouchement, rien à voir. Ha! La technicienne a mis la sonde sur mon ventre et m’a montré le bébé et son petit coeur qui battait. Je me suis mise à pleurer: toutes mes émotions mixtes, mon incertitude, mon ressentiment, se sont envolés et ont été remplacé par l’émerveillement et l’amour inconditionnel. Je réalisais que malgré mes meilleurs plans et mes doutes, il n’y avait toujours rien de plus beau et de plus vrai que le miracle de la vie. C’est alors que la technicienne a dit:

Ce coeur bat à 164 battements minute. Et celui-là bat à 144.

Je croyais qu’elle parlait de deux échantillons de rythme cardiaque. Je lui ai demandé: “Est-ce que c’est normal que le rythme baisse si vite d’un échantillon à l’autre?” C’est alors qu’elle m’a dit:

Il y a deux coeurs. Tu en a deux là-dedans!

Je me suis mise à rire et à pleurer. Puis à rire et à pleurer. La technicienne m’a regardé avec un air incrédule et m’a dit d’un ton un peu sarcastique: “Tu a l’air de bien le prendre.” Et pourquoi pas? Un bébé en prime! Si le septième était une surprise à laquelle je pouvais m’attendre, le huitième était une pure merveille de non-planification. Un petit passager clandestin. Lorsque je regarde les photos de ma grossesse avant 16 semaine, je me dis toujours “Et dire qu’il y en avait déjà deux!” Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, le nom de Lucas m’est tout de suite venu à l’esprit. “Ah, c’est Lucas!” Premier nommé, premier vu à l’échographie, premier né. Dans ma tête et dans mon coeur, Ève est ma petite passagère clandestine, mon petit cadeau de la vie, juste comme ça. Mon petit BOGO. Lorsque je suis retournée au bureau de campagne cet après-midi là — après avoir appelé mon mari, mes parents et mes amies proches — j’ai expliqué aux incrédules:

Aujourd’hui, je fête la bonne nouvelle. J’ai encore 5 mois pour que la logistique me tombe dessus comme une tonne de briques. Aujourd’hui, on fête!

J’ai posé la photo d’échographie avec les deux petites crevettes A (Lucas) et B (Ève) dans mon armoire de salle de bain et je la regarde encore tous les soirs avec le même émerveillement.

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