Joyeux Noël!


Cette année pour les vacances de Noël, nous avons créé une patinoire sur l’étang derrière notre maison. Malgré le froid extrême, les enfants sortent patiner au moins deux fois par jour. Nous avons passé un Noël tout simple en famille. Alors que passent à la télé les annonces pour le cadeau parfait — une voiture, un cinéma maison, un voyage — nous retournons à la source avec des étrennes simples, des repas succulents et de quoi bâtir un héritage de bons souvenirs. Nous passons un bien joyeux Noël et nous vous souhaitons la même joie au cours de toute l’année.

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Montée de lait d’une jeune femme rétrograde


Cette semaine, une amie anglophone m’a fait parvenir un article de L’Actualité intitulé Payer les mères à la maison pour que je lui en traduise l’idée générale. S’il y a des choses qu’on aimerait pouvoir « dé-lire », en voici une.

L’article part d’un récent sondage Leger-Marketing tenu auprès de familles québécoises :

L’été dernier, un sondage de Léger Marketing a permis de constater que, dans les deux tiers des familles québécoises, l’un des parents serait prêt à rester à la maison pour prendre soin des enfants d’âge préscolaire si l’État lui versait une allocation équivalente à la subvention qui est accordée pour une place en garderie subventionnée (CPE ou autre). On parle ici d’une subvention annuelle d’environ 9 000 dollars.

Devrait-on payer les femmes pour qu’elles restent à la maison? L’auteur explique qu’il s’agirait d’un projet inabordable, particulièrement à la lumière des finances publiques québécoises telles qu’elles sont. Bon, je me dis que les finances publiques n’empêchent pas le gouvernement québécois de poursuivre sa lancée avec les garderies à $7 qui, bien que populaires, ne sont pas exactement un investissement rentable au niveau fiscal.

Mais là où j’ai dû courir à la salle de bain (et ce n’est pas parce que je suis enceinte), c’est à la déclaration qu’il s’agirait d’une initiative rétrograde.

Pardon?

Payer les mères pour qu’elles restent à la maison irait aussi à l’encontre de plusieurs décennies d’efforts visant à améliorer la position des femmes à l’intérieur comme à l’extérieur du foyer.

Si j’ai bien compris, donner le choix aux familles d’utiliser la subvention pour les services de garde pour rester à la maison ferait perdre du terrain aux femmes et donnerait la permission aux hommes de se laver les mains des couches et des tâches ménagères. Parce qu’on sait que la seule raison pour laquelle les papas d’aujourd’hui sont impliqués dans le soin et l’éducation de leurs enfants, c’est parce que madame travaille. Encore une fois, pardon? D’après L’Actualité le progrès ne tient qu’à un fil : la garderie subventionnée. Et pourtant, à l’extérieur du Québec, des papas impliqués décident tous les jours d’être présents dans la vie de leurs enfants et d’appuyer leurs conjointes dans les tâches domestiques. Serait-ce la sagesse d’une génération de jeunes hommes qui ont été témoins d’une dynamique de couple laissant peu de place au père au sein du foyer? Serait-ce la sagesse d’une génération de femmes qui s’attendent à plus de la part de leur conjoint? Serait-ce la popularité croissante du maternage  et des théories de l’attachement qui suggèrent qu’un enfant a besoin de se sentir aimé et valorisé par ses parents afin de développer une bonne santé émotive et des relations saines? Bref, serait-ce une combinaison de facteurs historiques, sociaux et culturels qu’il serait difficile d’expliquer en un paragraphe?

Mais surtout, suis-je la seule jeune femme se pensant libérée qui a envie de mettre sa brassière en feu en lisant que si on donnait un choix aux femmes, elles pourraient l’utiliser à mauvais escient? Qu’il est donc préférable, pour leur bénéfice ma petite madame, de ne pas leur donner? L’auteur se pare du drapeau de la libération féminine en faisant preuve du paternalisme le plus bas. Bravo. Quand j’aurais besoin d’un homme pour me dire ce que je dois faire pour éviter de paraître rétrograde, je saurai où le rejoindre.

Ça m’a rappelé un incident de ma très jeune enfance, circa 1976. Je me suis ouvert le menton lorsque la roue avant de mon tricycle s’est prise dans une bouche d’égout mal fermée. Ma mère a voulu poursuivre la municipalité pour négligence mais a abandonné les procédures lorsque mon père a dû signer une autorisation lui permettant d’entamer une poursuite judiciaire.  Nier aux femmes la poursuite de leurs ambitions, même lorsque celles-ci se « limitent » à l’éducation de leurs enfants, c’est retourner à l’époque où les femmes devaient recevoir la permission de signer des documents importants et de gérer leurs finances personnelles. Leur dire que rester à la maison est un mauvais choix car elles pourraient le regretter dans l’éventualité d’un divorce, c’est substituer son intelligence à la leur. Le combat du féminisme n’était pas de donner aux femmes une palette de choix déterminés « progressistes » mais de leur donner l’autonomie de faire leurs propres choix. Les propos tenu par l’auteur de cet article m’inquiètent bien plus que mes copines qui renoncent à leur carrière pour rester à la maison.

Mais ce n’est pas tout. L’auteur va plus loin dans la substitution de son bon jugement à celui des femmes qui décident de rester à la maison en déclarant que les enfants doivent fréquenter la garderie pour y apprendre à vivre :

Une bonne garderie fait acquérir aux enfants des aptitudes cognitives, comme écouter, observer, parler, dessiner, compter, lire et écrire. Elle leur apprend aussi la patience, la persévérance, la responsabilité, la discipline, l’estime de soi, la capacité d’interagir avec les autres, la générosité et la maîtrise des émotions.

Y’a-t-il quelque chose d’utile que les enfants peuvent apprendre à la maison? La déclaration que les enfants doivent fréquenter une institution pour pouvoir développer ces habiletés particulières suggère qu’elles ne peuvent être acquises à la maison ou enseignées par les parents. Pousse mais pousse égal!  J’ai 8 enfants. Certains ont fréquenté une garderie jusqu’à leur entrée à l’école. D’autres sont restés à la maison avec moi. Aucun n’est plus vertueux que les autres à ces égards. En fait, j’ai toujours remarqué que l’entrée à l’école emportait une dégradation marquante du comportement de mes enfants. Tout d’un coup, ils se mettent à pousser pour avoir leur tour, à japper après leurs frères et sœur et à s’envoyer promener. Et pour ce qui est du développement du vocabulaire, on repassera merci : ils apprennent soudainement à sacrer. Il naît de l’école un stress et une impatience qui me surprennent toujours, même après 6 enfants. Pour ce qui est de la garderie, j’ai remarqué que certains enfants en garderie font preuves de discipline et de générosité et d’autres non. Serait-ce parce que finalement, c’est à la maison que ces apprentissages sont introduits et consolidés (ou non)?

Il est difficile de répondre à une déclaration à l’emporte-pièce par l’anecdote mais regardez autour de vous et dites-moi sans rire que les seuls enfants bien ajustés que vous connaissez sont issus d’un centre éducatif et que les seuls fuckés ont été élevés par des mères à la maison. Allez! Sans rire! Si l’auteur pense vraiment que les femmes ne sont pas à la hauteur de leurs propres petits, ce n’est pas surprenant qu’il ne les pense pas dignes de choisir quoi faire avec une potentielle subvention de services de garde.

Est-ce que l’état devrait payer les femmes pour qu’elles restent à la maison? Absolument pas! Au mieux, j’aimerais que les parents qui restent à la maison bénéficient d’un régime fiscal comparable à celui des parents qui travaillent. Par exemple, en permettant que la valeur du service de garde que les parents fournissent en restant à la maison puisse être déduite de leur revenu familial. Ou que le fractionnement du revenu (income splitting) soit permis pour les familles dont un parent reste à la maison. Je ne veux pas d’un chèque du gouvernement pour m’occuper de mes enfants. Parce que du chèque à l’inspection, il n’y a qu’un pas. Lorsque je paye ma femme de ménage, je m’attends à pouvoir lui dire quoi faire quand elle est chez moi. Et je n’accepterai jamais qu’un bureaucrate vienne fouiner chez moi pour voir si j’élève mes enfants d’une manière digne d’être payée. Votre enfant de 2 ans fait-il ses nuits madame? Il va falloir le laisser pleurer! Mes copines qui sont passées à travers un processus d’adoption savent à quel point les attentes d’un ministère quant à ce qui rend un parent digne peuvent être aussi frustrantes qu’illogiques. Je vais me passer du chèque et des interventions.

Je n’ai qu’à imaginer l’auteur de l’article dans le rôle de la police parentale. Gardez votre argent.

Un été bien rempli…


La vie, la vie! L’été se termine lentement et nous nous apprêtons à célébrer le deuxième anniversaire des jumeaux. Et oui! 2 ans! Et nous faisons finalement nos nuits en passant!

J’ai quitté mon emploi à la Chambre des Communes et je me dirige vers de nouvelles aventures. Je travaille désormais de la maison pendant la sieste. Fini les embouteillages et les soupers mal planifiés.

Les enfants sont de retour à l’école après un été tranquille. Je vais reprendre du collier et recommencer à écrire, c’est promis… En attendant, voici quelques photos d’un bel été bien rempli.

Croire


J’ai récemment passé une merveilleuse soirée en compagnie d’une amie très chère. Nous avons passé une petite soirée aux bains nordiques, sans enfants. C’était un grand luxe : à nous deux, nous avons 7 enfants de moins de 7 ans. Il va sans dire que nos rencontres sont souvent sur un thème d’action accompagnée de bruit, joyeux ou autre.

C’était donc une grande joie d’aller la rejoindre pour quelques heures de conversation non-interrompue (à part pour la police du silence…. C’est sérieux la relaxation aux bains nordiques!)

Piscine panoramique

 Alors que nous admirions la vue de la toute nouvelle piscine panoramique, mon amie m’a posé des questions sur ma foi et sur ma perspective surnaturelle. Après notre conversation, j’étais un peu déçue de ne pas avoir été capable d’exprimer plus clairement ce que ma foi représente pour moi et comment elle m’aide au jour-le-jour. Pas parce que je voulais la convaincre ou la convertir, loin de là. Mais plutôt parce que je crois que lorsque quelqu’un pose des questions, c’est par désir de comprendre ou par soif de savoir. Et je trouvais que mes explications un peu mélangées n’allaient ni éclairer un désir de comprendre ni encourager une recherche spirituelle.

Le sujet est un peu trop vaste pour un blog mais une des questions plus particulières que mon amie m’a posée était au sujet de ce que ma foi m’apporte au jour-le-jour. Comment est-ce que la foi aide la mère de 8 enfants par une journée misérable? Quand tout le monde crie et que le mari est grognon. Quand on se sent sur le bord de craquer et que notre cerveau va bientôt court-circuiter. On est bien loin de la Messe du dimanche et des grâces de la Communion, pour les Catholiques comme moi.

Pas que la Messe m’apporte beaucoup de paix, le défi du dimanche est plutôt de recevoir la Communion sans avoir envie d’étrangler mes trois plus jeunes.  Bref. Je ne suis pas venue à la pratique religieuse par la tête mais bien par le cœur, ce qui me rend bien inutile lorsqu’il en vient à expliquer les choses mystérieuses. L’histoire de ma conversion (ou « réversion » car j’ai été baptisée et élevée dans une famille Catholique mais je n’étais plus pratiquante) est d’une simplicité un peu navrante : J’avais beaucoup de mal à composer avec ma nouvelle réalité de jeune maman, je manquais de force, de patience et de « jus ». J’allais au groupe de jeu où j’entendais les mamans se plaindre au sujet de leurs enfants, de leur emploi, de leur conjoint. Les ritournelles étaient toujours négatives, les défis de la vie étaient toujours insurmontables.  Leurs problèmes étaient toujours la faute des autres et leur solution la responsabilité d’autrui. Puis j’ai rencontré une maman (qui est maintenant une amie très proche) qui avait une attitude complètement différente. Je me suis tenue proche d’elle et j’ai découvert qu’elle était  Catholique pratiquante. Elle m’a invitée à venir à son Église un dimanche, ajoutant : « Ils ont une chorale qui va te faire bouger! » Et c’était le coup de foudre. J’allais me joindre à la chorale et découvrir les richesses de la foi Catholique à travers la musique. C’est pourquoi lorsqu’on me demande pourquoi je me suis tournée vers la religion, je réponds toujours : « C’était nul avant  . Depuis c’est mieux. »

« C’est mieux comment? » m’a demandé mon amie, entre deux saunas. Pour moi, la plus grande contribution de la foi à ma vie de tous les jours a été l’acceptation de ma fertilité comme d’une partie intégrale de mon corps et de mon corps comme d’un don, parfaitement conçu, parfaitement créé. J’avais passé plusieurs années à essayer sans succès différents moyens de contraception, de la pilule au stérilet. J’en avais souffert des effets secondaires qui me hantent encore. Après avoir retiré le stérilet, j’étais tombée enceinte de mon quatrième enfant, une surprise que j’ai prise du temps à accepter. J’ai essayé la méthode sympto-thermale mais mes cycles étaient difficiles à interpréter. J’étais en colère contre mon corps et contre ma fertilité. En sauçant l’orteil dans la grande mer Catholique, j’ai soudainement trouvé une communauté au sein de laquelle la fertilité était célébrée. Où avoir quatre enfants était normal et non un signe certain de folie. Où mes grossesses non-planifiées étaient accueillies avec joie et compréhension plutôt que consternation et inquiétude. On entend rarement parler de l’Église Catholique comme d’un exemple d’acceptation des femmes mais mon expérience était tout à fait le contraire : soudainement, mon refus de me soumettre aux abus de la contraception était une force, mon désir de traiter ma fertilité avec respect était la norme, ma communauté de foi m’a appris à célébrer mon corps et à planifier ma famille dans le respect de mon cycle menstruel plutôt que de le traiter comme une maladie à vaincre.

« C’est toi qui as formé mes reins, et qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je te loue d’avoir fait de moi une créature si merveilleuse; tes œuvres sont admirables, et mon âme se plaît à le reconnaître. » Psaume 139

Pour moi, c’était comme un tremblement de terre. Car d’accepter ma fertilité et ma famille comme un cadeau m’aide au jour le jour à voir les petits miracles de la vie quotidienne. Mes enfants sont arrivés à leur propre temps, la bonne personne au bon moment. Et je les regarde souvent en me demandant ce que serait ma vie si je ne les avais pas laissé venir. Ma croyance en Dieu me donne la capacité au jour le jour, à travers le chaos, le bruit et les frustrations, d’apprécier le miracle de ma famille, chaque personne, là où elle devait être, en cadeau.  De me préoccuper de ce qu’il y a de beau et de bon :

« Enfin, Frères, tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaine, voilà ce qui doit vous préoccuper! » Épître de Paul au Philippiens 4 :8

Je crois qu’il y a un « plan » dont je ne peux pas voir toutes les parties. Comme un casse-tête dont je ne peux voir qu’un coin. La foi me permet de croire que qu’il y a une image merveilleuse dont ma vie quotidienne et ses irritations ne sont qu’un pixel. Travailler fort à devenir une meilleure personne, plus généreuse, plus persévérante, plus compréhensive, aimer mon mari, élever mes enfants intentionnellement afin qu’ils grandissent et deviennent des personnes intègres et heureuses qui sont un cadeau à leur communauté; tout s’inscrit dans une perspective surnaturelle dans laquelle nous sommes plus que la sommes de nos morceaux. Et ma communauté de foi, mon église, mes coreligionnaires, me supportent car nous voyageons tous dans la même direction, partageant défis, faillites et victoires. C’est ainsi que même les tragédies peuvent avoir un sens :

« Car nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore pour leur bien, avec ceux qu’il a appelé selon son dessein… » Épître de Paul aux Romain, 8 :28

La gratitude est la contribution la plus importante de la foi à ma vie de tous les jours. Elle me permet de vivre pleinement le moment présent et d’anticiper le futur avec confiance. Car je sais que peu importe ce que m’apporte la vie, il y aura toujours quelque chose pour lequel je pourrai rendre grâce.

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“Qu’est-ce que vous faites avec tous ces enfants?”


À mes parents qui viennent de célébrer leur 41ième anniversaire de mariage et qui m’ont donné le plus beau cadeau, la vie. C’est avec leur exemple d’une vie simple et heureuse, dédiée à leur famille et à leurs amis, que je poursuis mon chemin. Leur amour me soutient.

“Qu’est-ce que vous faites avec tous ces enfants?”

Oui, quelqu’un m’a posé cette question récemment. Un peu comme si je collectionnais les salières, avec le même mélange de curiosité un peu condescendante. Que voulez-vous dire « qu’est-ce que je fais »? Tout le monde sait que je les envoie aux champs tous les matins!

Qu’est-ce que vous faites? Comment vous faites? C’est l’interminable ronde des questions à laquelle font face les parents de famille nombreuse. Comment vous cuisinez pour une famille nombreuse? Comment vous faites le lavage pour une famille nombreuse? Comme si le four et la machine à laver fonctionnaient différemment pour 10 que pour 4. Je cuisine comme tout le monde, mais avec plus d’ingrédients.

Je me souviens du temps pas si lointain lorsque que je regardais les familles nombreuses avec une curiosité empreinte d’admiration. J’ai rencontré une mère de 6 enfants (qui en a maintenant 10) lorsque j’avais 2 enfants. Je lui ai posé la question que tout le monde pose aux mères de plusieurs : « Allez-vous en avoir d’autres? » Elle m’a répondu avec grâce et générosité – car je sais aujourd’hui à quel point cette question peut être irritante – « Oh oui!! Certainement! » J’étais à la fois impressionnée et intimidée. Je me rappelle sa patience lorsque les questions indiscrètes me tombent sur les nerfs : je ne saurais jamais si mes réponses auront encouragé une maman à faire confiance à la vie et à poursuivre le chemin de la grosse famille dans un monde fait pour 4. J’espère qu’un jour quelqu’un verra ma famille et se dira « Oui, moi aussi je peux! » Mais je sais qu’au jour le jour, les gens me regardent et se disent « Mieux vaut-elle que moi! »

Si j’avais le temps, je voudrais pouvoir m’asseoir avec les curieux autour d’un bon café et leur expliquer. J’aimerais leur dire que « tous ces enfants » sont aussi des individus. Lorsque nous décidons d’avoir « encore un enfant », ce que nous décidons c’est d’accueillir une nouvelle personne au sein de notre famille. Nous n’avons pas des enfants pour les 2 années où ils seront « bébés », ni pour les 10 années où ils seront « enfants », ni même pour les 20 années où ils seront « jeunes »; car ces chiffres ne sont que la représentation du passage du temps. Nous les accueillons dans notre vie pour eux-mêmes, enfants, adultes, tantes et oncles, cousins et amis. Non seulement pour les enfants qu’ils seront si brièvement mais pour les adultes qu’ils deviendront. Pour les aimer et être aimé en retour.

Élever des enfants est un travail difficile, sans répit. Et lorsque les gens nous demandent si nous allons en « avoir » d’autres avec le ton de voix qui demande si nous allons avoir une deuxième voiture ou un autre clou dans le front, ils trahissent leurs propres doutes et leur horizon limité. Je vais avoir une pédicure, merci beaucoup. Mais pour ce qui est des enfants, je ne les ai pas, je les donne. Je leur donne la vie, je les donne à moi-même d’abord puis les uns aux autres comme frères et sœurs, puis je les donne à leurs futurs époux et à leurs enfants. Je les donne à leur patrie, à leur environnement, à leur travail et à leur communauté. Et je sais qu’ils reviendront m’entourer un jour, plus nombreux et plus forts, compagnons et solidaires.

Notre vie sera une longue, merveilleuse, aventure.

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17 mois


Il ne sera pas dit que j’ai laissé passé une célébration! Les jumeaux ont 17 mois. 17 mois ça ne veut pas dire grand chose mais c’est le mois où ils ont commencé à dormir dans la même chambre et à faire leur nuit, sans traumatisme, sans hurlements… Ou si peu! Je suis fière d’avoir écouté mon cœur et d’avoir attendu le moment propice.

C’est aussi le mois où Ève a découvert le monde des deux-pattes. Trois mois après son frère. Comment je peux suivre deux bambins qui déambulent? C’est simple: une série de rhumes et de poussées dentaires les gardent bien au chaud près de maman et papa. Je crois que nous avons comme une excroissance dans le dos: notre centre de gravité change pour trop de portage, mais c’est mieux que d’être suivis par deux zombies qui pleurent et qui morvent, non?

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La vie comme une rivière, la suite.


Suite à ma dernière publication en français «La vie comme une rivière » j’ai reçu quelques commentaires questionnant le message sous-jacent à mon texte. Certains m’ont demandé si l’adoption d’enfants à besoin spéciaux était le seul moyen « de se prouver. » D’autres ont observé que tout le monde n’est pas appelé à faire de grandes choses, que certains ne sont appelés qu’à bien mener une vie ordinaire.

C’est vrai. Nous ne sommes pas tous appelés à la même chose. Nous ne suivons pas tous le même chemin. Mais peut-être sommes tous appelés à quelque chose de plus grand que nous-mêmes? Ce n’est pas le point de départ ou d’arrivée qui importe mais le dépassement de soi. Combien de briques sont nécessaires pour former la base solide de la pyramide? Sans une base bien étayée, la pointe de la pyramide ne vaut pas grand-chose. Et c’est ainsi que ceux qui semblent nous dépasser ont eux aussi besoin du support d’une base solide. L’important, c’est d’être prêt à servir. Je me suis beaucoup questionné sur l’adoption : nous avons tellement à offrir. Pour l’instant, j’ai réalisé avec grande clarté que j’étais appelée à un rôle de support. Le support matériel et spirituel est une brique tout aussi importante de cette démarche. J’ai trouvé beaucoup de paix intérieure lorsque j’ai compris que plutôt que de me sentir inutile parce que je n’avais pas la même vocation , je pouvais transformer cette bonne volonté en prière et demander d’être prête à sauter dans la mêlée. Puis de faire confiance.

C’est ainsi qu’a commencé une belle histoire d’entraide et de support, tout tranquillement alors que je revenais de visiter mon amie qui vient d’adopter et qui se poursuit aujourd’hui.

Lorsque les jumeaux sont nés, j’ai commencé à m’intéresser au portage. J’avais besoin de mes mains et j’avais trois enfants qui avaient besoin de mon attention. J’ai découvert que le portage, c’était bien plus que de récupérer ses mains! Prendre les petits sur moi me permets non seulement de continuer à m’occuper des autres mais aussi de répondre à leur besoin de contact et d’attention. 15 minutes sur le dos de maman et j’ai des petits ressourcés, comme neufs. Bref, au cours de mon congé de maternité, j’ai découvert une communauté de portage, j’ai commencé à utiliser des écharpes et des porte-bébés préformés. Puis comme je porte beaucoup, j’ai commencé à accueillir des mamans chez moi et à me déplacer pour aider les mamans à apprendre l’art du portage.

Lorsque j’ai visité mon amie qui vient d’adopter, j’ai passé la journée avec son petit bonhomme de 2 ans et je l’ai porté dans le sling pour une bonne partie de l’après-midi. IMG_1898C’est fou comment le portage peut jeter des ponts et rendre une situation non familière normale pour un enfant. Puis j’ai porté une de ses jumelles dans mon préformé Manduca et j’ai tout de suite vu que ce serait la solution idéale pour que maman retrouve ses mains. La poche en tissus intérieur permet de bien placer bébé, sans la forcer dans une position non-physiologique (elles ont quand même 18 mois les puces, malgré leur taille de nouveau-né). Le préformé évitait la courbe d’apprentissage de l’écharpe pour laquelle maman n’a ni le temps ni l’inclination et le Manduca a la versatilité d’être utilisé pour son bonhomme de 2 ans qui, en surcroît d’avoir encore bien besoin de sa maman, doit la suivre à l’hôpital et en clinique, autant d’endroits où il ne pourra pas toujours toucher à tout et se promener librement. Avec mes trois de moins de 3 ans depuis l’année dernière, c’est porte ou crève; et mes circonstances ne sont même pas dans la même galaxie de difficulté!

Avant ma visite, j’avais pensé offrir une de mes écharpes à mon amie en cadeau de bienvenue. Je suis un fan fini de mes écharpes de portage. Mais j’ai bien vu que ce ne serait pas approprié pour une maman qui n’a ni le temps ni l’inclination de battre la courbe d’apprentissage de l’écharpe, d’autant plus que la pratique se ferait plus souvent qu’autrement dans le stationnement de l’hôpital l’hiver ou sur des planchers durs à l’intérieur de l’hôpital.

Même les grands enfants aiment le portage!
Même les grands enfants aiment le portage!

Au retour de ma visite, j’ai décidé de vendre deux écharpes de portage et deux slings afin de financer l’achat de deux porte-bébés Manduca. Le total se portait à $370 avant les taxes. J’ai donc annoncé mes écharpes à vendre auprès de mes amies du groupe de portage d’Ottawa sur Facebook. J’ai écrit un court texte sur le Manduca et le portage « à besoins spéciaux » et j’ai expliqué pourquoi je vendais mes deux écharpes. Moins de 20 minutes plus tard, j’avais reçu plusieurs messages me demandant si je prenais les dons : plusieurs mamans voulaient contribuer mais n’avaient pas besoin d’une nouvelle écharpe. Puis une amie m’a dit « Il y a 300 mamans dans le groupe de portage, si 25 mamans donnent $15, tu as tes deux porte-bébés. » J’ai donc annoncé que mon compte PayPal avait été remis à zéro et que celles qui aimeraient contribuer pouvaient le faire via PayPal. La vente de mes écharpes se ferait via PayPal de toute façon. Puis je suis allée me coucher.

Quand je me suis levée le lendemain matin, j’avais reçu presque $200 de dons et mes deux écharpes étaient vendues. J’avais presque $400 en main. Je me sentais presque mal-à-l’aise. Je n’avais même pas eu le temps d’en parler à mon amie et j’avais un peu peur qu’elle refuse, se sentant peut-être l’objet de charité ou de pitié. Mais cette réponse enthousiaste de ma communauté de « mère-porteuses » n’était pas motivée par la pitié mais plutôt par un sens d’entraide. Ces mamans avaient lu l’histoire de mon amie sur son blogue et avaient été profondément touchées par cette adoption un peu folle par son altruisme. Tout comme moi, elles étaient portées par un désir né du cœur de faire partie de cette belle histoire. Nous ne sommes pas toutes appelées à l’adoption d’enfants dans le besoin, mais nous pouvons toutes offrir notre support, nos prières et nos pensées à ceux qui le sont.

Lorsque les porte-bébés ont été achetés, il me restait encore de l’argent. J’ai d’abord pensé leur offrir une carte-cadeau chez Costco ou Walmart mais j’ai réalisé, lorsque les jumelles ont été réadmises pour leur deuxième séjour à l’hôpital en autant de semaines, que mes amis n’avaient pas besoin d’épicerie mais de repas. Ils ont besoin de temps plus que d’argent. J’ai donc organisé un bon vieux « party » de cuisine. Nous avons planifié un menu de repas congelés que nous allons préparer « à l’ancienne » c’est-à-dire en communauté, avec des mamans qui cuisinent, d’autres qui s’occupent des bébés, d’autres qui lavent la vaisselle. En quelques heures, nous devrions avoir une dizaine de repas près à congeler, des enfants fatigués et une bonne rasade de jasette et de compagnie.

J’ai beaucoup appris cette semaine. Sur moi-même, sur la valeur de la communauté, sur l’amitié. Et si j’ai ressenti un peu de gêne au départ en acceptant de laisser mes amies contribuer à ce cadeau, j’ai réalisé que le don n’est pas seulement ce qui est reçu. En donnant à d’autres l’occasion d’agir généreusement, nous devenons tous plus forts.