Le cadeau de la santé


Journée de maladie

For my English readers: this is a blog post on the gift of health. If you have it, work to keep it!

Cet hiver a été la saison de tous les virus. Ma famille, généralement pétante de santé, a été malade, malade, puis encore plus malade. Les jumeaux combattent un virus respiratoire depuis la veille de Noël — un virus qui est en fait une succession de virus. J’ai eu une amygdalite, suivie d’une gastro, suivie d’une amygdalite. Les enfants ont attrapé, tour à tour, une variation de gastro, d’amygdalite et de virus respiratoire. Bref, c’est une véritable symphonie de maladie, fréquente chez certaines familles entre octobre et avril mais tout à fait inhabituelle chez nous (en fait, en allant chercher des antibiotiques à la pharmacie j’ai réalisé que certains de mes enfants étaient encore enregistrés sous leur ancienne ancienne adresse!)

Puisque j’ai un intérêt particulier pour toutes les questions alimentaires et nutritionnelles, il m’arrive souvent de réfléchir aux maladies qui nous affligent en nombre grandissant: obésité, diabète, dépression; ainsi qu’aux “nouvelles” maladies (qui ne sont peut-être pas si nouvelles) telles que la fatigue chronique, la douleur chronique, l’absence de résilience. J’ai un hobby d’espionnage des paniers d’épicerie et je me pose beaucoup de questions lorsque je vois une dame obèse avec son enfant obèse pousser un panier rempli de 18 caisses de Coca-Cola en solde. Est-ce qu’elle sait? Est-ce qu’elle s’en fiche? Ou est-ce qu’elle le sait, ne s’en fiche pas mais ne sait pas quoi faire d’autre?

Il n’en demeure pas moins que malgré mon intérêt pour les questions de santé, je n’ai jamais vécu la maladie. Hier soir, j’étais couchée après avoir pris une poignée d’Advil (avoir su que je dormirais aussi peu avec les jumeaux j’aurais acheté des parts chez Advil), pleine de courbatures à cause la fièvre, complètement épuisée de n’avoir presque pas dormi pour presque 5 mois, complètement vidée de n’avoir rien mangé depuis deux jours, et je me demandais “Est-ce que c’est ce que vivent les gens atteint de douleur chronique? Tous les jours? Sans arrêt?”. Puis ce matin mon fils essayais de prendre une photo de Ève avec une caméra digitale et j’essayais de dire à Ève: “Regarde la petite lumière rouge!” sauf que je n’arrivais pas à trouver le nom de la couleur. Rouge! Je rassemble mes pensées, et je dis:

“Ève, regarde la petite lumière….”

la couleur ne me vient toujours pas.

“…la petite lumière… jaune!”

Mon fils éclate de rire et moi je ris un peu jaune.

“Ève, regarde la petite lumière… Jaune!!”

Là je commence à ne pas trouver ça drôle. Je me concentre. “Ève, regarde la petite lumière…” je vois le mot “rouge” dans ma tête.

“Regarde la petite lumière… verte!”

Non mais c’est pas possible! Puis je me suis demandé: “Est-ce que c’est ce que vivent les gens atteints de fatigue chronique?” Avoir le cerveau en fouillis, incapable de se concentrer, probablement incapable de travailler.

Pour moi, cet hiver de tous les virus viendra à sa fin. Pour tant d’autres, le cadeau de la santé leur échappe et leur échappera peut-être pour toujours. Si vous avez la santé, si vos enfants sont en santé, donnez-vous une bonne tape dans le dos et ne la laissez pas s’échapper. Vous avez peut-être des bons gènes ou elle est venue à un prix. Mais le prix à payer ne sera jamais aussi élevé que le coût de la perdre. Santé!

Mise-à-jour: sommeil des jumeaux


For my English readers: My site stats show that a lot of people stumble upon Vie de Cirque while looking for information about twins and sleep in French (“jumeaux” and “sommeil” if you must know.) This post is an update about my twins: short on helpful information and high on lived chaos.

Les statistiques de mon blogue démontrent que plusieurs lecteurs tombent sur Vie de cirque en faisant une recherche sur les termes “sommeil” et “jumeaux”. Voici donc une mise-à-jour sur le sommeil des jumeaux contenant très peu d’information utile: si vous avez des jumeaux et que vous manquez de sommeil, je suis de tout cœur avec vous! (et n’hésitez pas à me dire ce qui a marché pour vous!)

Après avoir écrit plusieurs fois sur le sommeil des jumeaux (ou plutôt son absence), j’ai décidé de faire preuve de plus de flexibilité et de me concentrer sur la survie plutôt que sur le principe. Pour une semaine ou deux, ç’a bien fonctionné et nous avons établi une routine de nuit qui semblait profiter à tout le monde: vers 19:00, les jumeaux se couchaient pour la nuit et dormaient jusqu’à minuit-1:00. Lors de leur premier réveil je les nourrissais (un au sein, l’autre au biberon) puis on se recouchait pour 2-3 heures jusqu’au prochain réveil. Vers 3:00, je prenais le premier réveillé au lit avec moi puis je le recouchais lorsque le deuxième se réveillait. Après 3:00 du matin ma nuit était terminée à toute fin pratique mais au moins je ne me levais plus (à part pour prendre les bébés qui dorment dans une couchette à côté de mon lit.). Vers 06:30-7:00 nous étions tous debout pour la journée.

Puis une nuit, Lucas n’a pas voulu se rendormir après son boire de 03:00 et j’ai commencé à le garder au lit avec moi. Puis il a n’a plus voulu simplement dormir avec moi, il a voulu téter sans arrêt jusqu’au lever. Puis ce n’était plus à partir de 3:00, c’était 2:00 puis 1:30 et ainsi de suite. Au début j’ai cru que Lucas avait besoin de plus de chaleur humaine mais mon mari, plein de sagesse, a suggéré qu’il avait peut-être encore faim. D’une manière ou d’une autre, exclure la faim en lui donnant une plus grosse bouteille n’était pas une mauvaise idée.

En bref, Lucas a faim. Et moi je suis fatiguée que Lucas ait faim. Ça fait 4 mois que ma vie est réglementée par les minutes au sein, les tours de bouteille, les millilitres de formule.

Au milieu de tout ça j’ai du mal à trouver l’équilibre entre trop et pas assez. Puisque je suis atteinte d’hypoplasie mammaire du côté gauche, j’ai beaucoup de mal à produire assez de lait pour nourrir deux bébés exclusivement au sein. J’ai réussi à réduire leur supplémentation jusqu’à 4-6 onces par jour (250-300 ml) mais c’était un travail continu: je devais avoir les bébés au sein toute la journée et toute la nuit en ne laissant pas plus de 2 heures s’écouler entre le début d’une tétée et celui de la prochaine (et puisqu’une tétée dure environ 45 minutes, les tétées reviennent souvent!). Les bébés avaient tout le temp faim puis je suis tombée malade et ma production a chuté. Tout était à recommencer.

L’allaitement de mes jumeaux me pose un dilemme continuel depuis leur naissance. Les bébés ont besoin de lait maternel. Je peux les allaiter exclusivement (ou presque) mais l’allaitement exclusif vient à un coût élevé pour moi et ma famille. Les jumeaux ne sont pas les seuls qui ont besoin de moi, cependant ce sont les plus vulnérables et cet âge de grande vulnérabilité sera bientôt terminé. Je ne suis pas de celles qui croient que la formule est normale et le lait maternel est meilleur. Pour moi, le lait maternel est normal et la formule est moins bonne. C’est une différence de perspective qui rend la supplémentation plus difficile à accepter. Comment puis-je choisir de ne pas donner à mes bébés ce sont ils ont le plus besoin? D’un autre côté, est-ce que je les aide s’ils ont toujours faim?

J’ai rencontré une maman de jumeaux qui m’a dit de ne pas lâcher avant 6 mois car tout s’améliore après. L’introduction des solides laisse un peu plus de flexibilité quant à la supplémentation et les tétées ne sont plus autant régimentaires. Enfin, j’imagine. Car si tout est plus intense avec des jumeaux (et ça l’est!), le soulagement doit l’être aussi avec chaque coin tourné. Avoir 8 enfants m’a appris une chose: tout passe et les enfants grandissent.

Les étoiles mauves


Quand je dis à mes plus jeunes que je les aime, j’essaie toujours de le faire de manière à ce qu’ils comprennent que je les aime beaucoup. Leur dire que je les aime gros comme toute la terre, c’est bien beau mais bien abstrait pour un petit pour qui le monde se limite à la maison et au jardin. Parfois je dis aux petits que je les aime gros comme une maison ou un camion de pompier. Puis en gradissant, la maison devient trop petite et je les aime gros comme une montagne. Puis on rigole, je les aime gros comme une montagne de camions de pompier et ainsi de suite.

Moyen bonhomme

Hier en couchant mon petit bonhomme — qui est en fait mon moyen bonhomme maintenant que j’ai un encore-plus-petit bonhomme — je lui ai dis que je l’aimais gros comme un camion de pompier mais c’était nettement insuffisant. Il a commencé à m’expliquer:

– Non, gros comme les étoiles mauves!

Les étoiles mauves?

– Oui, les étoiles mauves qui son très, très loin dans l’espace. Elles sont tellement loin que ça prend dix… euh, dix ANNÉES pour y arriver! Tu m’aimes gros comme une montagne aussi haute que les étoiles mauves!

C’est bien de se savoir aimé loin comme les étoiles mauves! Et il me le rend bien: la semaine dernière, il m’a annoncé que j’étais sa maman préférée. Compte tenu des options, j’étais touchée. Mais ce n’est pas tout. Il m’a aussi dis que j’étais aussi jolie que Taylor Swift. Alors là!

Taylor Swift
Moi.

“Comment vous faites?”


Il y a quelque jours, je suis tombée par hasard sur le blog d’une autre maman de 8 enfants (Little Catholic Bubble). Sa publication How to raise eight children without even trying m’a rappelé à quel point on me posait cette question souvent: “Comment faites-vous” et ses variations “Je ne sais pas comment vous faites…” et “Je survie à peine avec mes deux, je ne peux pas imaginer en avoir 8”.

C’est une erreur commune (une que j’ai fait moi-même lorsque j’avais mes deux plus vieux qui n’ont que 14 mois de différence): on projette la vie avec plusieurs enfants à partir de notre expérience vécue. Or, notre expérience vécue est limitée. À moins d’avoir une grossesse multiple de haut calibre, nos enfants naissent un par un puis grandissent, commencent l’école, deviennent plus autonomes et commencent à aider dans la maison. J’ai de très bons souvenirs de la petite enfance de mes 4 plus vieux. Cependant, je me souviens aussi d’avoir eu l’impression de sortir d’un long tunnel lorsqu’ils ont commencé l’école. Lorsque les mamans de très jeunes enfants me disent “Je ne peux pas imaginer en avoir d’autres!” je leur réponds toujours “moi non plus lorsque j’étais à ce stade.” On les a un à la fois, pendant que les autres grandissent. (Ce qui est assez ironique, maintenant que je viens d’en avoir deux d’un coup…). Je remarquais justement il y a quelques semaines que j’avais à nouveau 4 enfants de 5 ans et moins. Pourtant, je vis cette réalité de manière fort différente que lorsque mes quatre plus vieux avaient 5 ans et moins. Je suis plus mature comme mère et mes enfants sont plus vieux. J’ai des gardiens intégrés pour m’aider avec les petits. J’ai aussi beaucoup appris de mes erreurs!

La logistique d’une famille de 10 personnes est un numéro de jonglerie. Cependant, il semble que les gens soient fascinés par la lessive et l’épicerie.

La lessive d’une famille de 10 personnes est une tâche quotidienne qu’il est préférable de garder sous contrôle. Tout d’abord, j’ai un mari qui comprend l’importance de la lessive. Ça peut paraître ordinaire mais ça veut dire que la lessive est un travail d’équipe.  Notre arme secrète contre la lessive est la régularité (non, ce n’est pas un post sur la fonction intestinale). À 19:00 tapante, lorsque le prix de l’hydro-électricité baisse, allez hop! la première brassée démarre puis on la met au séchage avant de se coucher. Le lendemain matin, la lessive propre va dans un panier. Si j’ai le temps, je préfère la plier directement en la sortant de la sécheuse. Sinon, les vêtements sont propres et secs dans un panier et je les plierai (peut-être) plus tard. Faire la lessive quotidiennement ne veut pas dire que tout est lavé quotidiennement: un soir, c’est les jeans, le lendemain les couleurs, le lendemains les serviettes, le lendemain les blancs et ainsi de suite. Un système de roulement quotidien de la lessive me permet de ne pas me retrouver avec 10 brassées  la fin de semaine et, plus important encore, de ne pas me retrouver sans un seul morceau de linge propre dans la maison.

La brassée quotidienne n’est pas seulement une manière efficace de faire les choses au niveau logistique, c’est aussi un manière de préserver le bon fonctionnement de notre puis et de notre fosse septique qui n’ont pas besoin du stress d’un marathon de lavage la fin de semaine. Mais ce n’est pas la fin du bon sens économique: laver les vêtements régulièrement m’évite d’avoir à acheter une semaine complète de vêtements pour tout le monde. Puisque les vêtements préférés des enfants sont lavés aux 3-4 jours, ils n’ont pas tous besoin d’une garde-robe complète pouvant leur durer une semaine.

La lessive illustre bien la logistique générale d’une famille de 10: en faisant un peu de travail régulièrement, on évite d’avoir à faire tout le travail d’un coup.

L’épicerie, c’est tout à fait le contraire: le faire le moins souvent possible. Rentrer chez Superstore pour quelqu’un dans ma situation c’est un billet qui coûte au moins $150, autrement dit, je ne m’en sors jamais pour moins de $150 alors j’essaie d’y aller le moins souvent possible. Une fois par semaine je fais un menu — incluant les lunchs des enfants — et une liste d’épicerie. J’utilise également un tableau blanc dans la cuisine sur lequel je peux prendre note des choses à acheter lorsque j’y pense.

Côté logistique, je crois que le supermarché est un de ces domaines pour lequel avoir plus d’enfants rend les choses plus simples. Je suis toujours frappée, lorsque je vais à l’épicerie le soir après avoir couché les petits, de voir autant de gens accompagnés de très jeunes enfants souvent (choc!) en état de crise. Vous pouvez être certains que ce ne sont pas des mères de 8 enfants. En faits, les gens qui amènent de très jeunes enfants à l’épicerie à l’heure du dodo (vous pouvez substituer l’heure de la sieste ou l’heure du repas) ont sans aucun doute 1 ou 2 enfants et se demandent comment je fais pour en avoir 8. Voici un indice: je ne les amène pas faire des course lorsqu’ils sont fatigués ou lorsqu’ils ont faim!

Avec les jumeaux, il n'y a pas beaucoup de place pour la nourriture. Je dois donc y aller avec quelqu'un pour m'aider: un chariot pour les petits, un chariot pour la bouffe.

Ensuite je planifie ma sortie à l’épicerie de manière à pouvoir le faire sans très jeunes enfants. Si j’oublie certaines choses, j’essaie de me débrouiller sans. Je laisse le Costco aux bons soins de mon mari qui va le faire une fois par semaine pendant que les plus vieux son au jiu-jitsu.

Et voilà comment un peu d’organisation et de discipline fait toute la différence. Je ne suis pas une personne naturellement organisée mais à partir de 4 enfants, il s’agit d’une question de survie!

Light Blogging – Ralentissement


Ralentissement forcé causé par un méchant streptocoque et 5 jours de misère fièvreuse. Fatigue oblige: il fallait que ça arrive. Mais grâce au miracle de la médecine moderne (les antibiotiques) et une bonne dose de chouchoutage par ma maman chérie, je me remets d’aplomb.

Light blogging ahead due to a mean streptococcus and 5 days of febrile misery. Fatigue does take its toll. But thanks to the miracle of modern medicine (antibiotics) and a strong dose of mothering from my own very best mother, I am getting back on my feet.

Câlins


Il y a quelques jours j’ai publié sur les difficultés que j’avais à faire dormir Lucas. Vous pouvez lire la publication (en anglais) ici. En somme, Lucas est un bébé adorable et souriant mais qui a du mal à s’endormir seul. Dans un moment de panique sans doute causé par un excès d’hormones (car je ne suis pas d’un naturel paniqué), je me suis vue passer les deux prochaines années à endormir Lucas en le berçant ou en l’allaitant à toutes les 30 minutes. Ce n’est pas tiré par les cheveux: je l’ai fait pour Colin, Marie et Sarah. Et pourtant, après 6 enfants, je devrais savoir que l’art de s’endormir c’est comme la propreté: ça ne se force pas, ça vient de l’enfant ou ça ne vient pas. Bien qu’il soit possible d’aider nos bébés à développer une bonne hygiène du sommeil en les encourageant à apprendre à s’endormir seuls, j’ai du mal à décider quoi faire avec Lucas. J’ai essayé de le mettre au lit somnolent mais réveillé, J’ai essayé de le mettre au lit endormi, mais Lucas se réveille aussitôt que je le dépose. J’ai dû me rendre à l’évidence: soit je l’endort sur moi ou dans la balançoire, soit je le laisse crier.

Il est parfois nécéssaire de laisser un bébé pleurer afin qu’il se rendorme seul. Certains parents (comme moi) éprouvent beaucoup de réticence à laisser un bébé pleurer et choisissent plutôt d’aider l’enfant à se rendormir en l’allaitant ou en le berçant ou en lui redonnant sa suce qu’il a laissé tomber. J’ai essayé la méthode du 5-10-15 avec Colin, Marie et Sarah avec plus ou moins de succès. Mais il semble que plus je vieilli — et plus je me rapproche de la fin des bébés — plus je veux apprécier mes bébés et non me battre avec eux. J’ai dû beaucoup porter Marie et Colin et je regrette de ne pas l’avoir fait avec plus de coeur: en rétrospective, ils ne sont pas restés bébés bien longtemps. Oui leur petite enfance était intense. Mais il me semble, aprés réflection, que j’aurais pu la rendre moins intense en ayant une meilleure attitude. Ça n’aurait rien changé aux besoins de mes bébés mais j’en aurais sans doute de meilleurs souvenirs.

C’est ainsi que j’étais indécise, paralysée par la fatigue, prise entre mon besoin de sommeil et mon appréhension à laisser Lucas pleurer. Puis est arrivée une journée de fous. Un samedi où j’étais seule avec une montagne de travail et 8 enfants. Ève dormait et Lucas, bien, Lucas ne dormait pas. Il était complètement épuisé, incapable de s’endormir au sein ou dans l’écharpe. Au bout du rouleau, j’ai dis à Lucas: “Bien si tu vas pleurer mon bonhomme, aussi bien de pleurer dans ton lit!” et je l’ai mis au lit pendant que je faisais quelques tâches. Au bout de 15 minutes, incapable de le laisser pleurer plus longtemps, je suis allée le rechercher. C’est alors qu’il a poussé un long soupir, a fermé les yeux et s’en endormi dans mes bras en finissant de sangloter. Ensuite, je suis tombée sur cette illustration au dos du dernier Youpi! des enfants. C’en était trop.

Lucas, c’est mon nounours. Je ne peux pas le laisser pleurer quand il a seulement besoin d’être tenu bien au chaud. Lucas n’a pas besoin de se faire une maman de neige quand il se sent seul. C’est vrai que le sommeil est une composante importante de la santé en général et qu’une mauvaise hygiène du sommeil entraîne des problèmes de toute sorte chez le bébé et l’enfant. Là où je décroche, c’est à l’idée que l’apprentissage du sommeil passe par l’apprentissage de l’autonomie. Car le besoin d’affection et d’attachement est au moins aussi important à la survie du petit humain que le besoin de repos.

Lorsque je vais repenser aux premiers mois de Lucas, je veux me souvenir des câlins, pas des cris.

Des nouvelles des jumeaux – Twins 10-week Update (in French)


Les jumeaux ont maintenant 2 mois et franchi le cap des 10 semaines. Lors de leur dernier rendez-vous chez le pédiatre, Ève pesait 10 livres et Lucas 12 livres. Ils ont donc tous les deux doublé leur poids de naissance et se portent à merveille.

Je repensais à ma grossesse en rejouant dans ma tête la journée où j’ai appris que j’étais enceinte (le 3 février) puis la journée où j’ai appris que j’attendais des jumeaux (le 13 avril). Lorsque je suis rentrée de mon échographie, j’ai placé la photo des jumeaux A (Lucas) et B (Ève) dans le miroir de ma salle-de-bain. Deux petites crevettes que j’ai regardé avec incrédulité tous les matins et tous les soirs en me brossant les dents. Puis l’incrédulité a fait place à l’anticipation et l’anticipation à la réalité. J’ai toujours cette première photo dans mon placard et je la regarde toujours avec autant d’émerveillement. Les deux petites crevettes sont bien réelles. Elles sont devenues des poulets bien dodus — presque un petit dindon dans le cas de Lucas!

À 10 semaines, les nuits s’améliorent sans s’améliorer et le manque de sommeil est sans doute mon plus grand défi, suivi par l’allaitement. Le sommeil de nuit des bébés commence à se stabiliser dans la mesure où ils se rendorment après avoir bu. Pour les deux premiers mois, ils avaient tous les deux des périodes d’éveil prolongées après leurs boires de nuit. Lucas dort environ 6 à 8 heures (entre 20:00 et 03:00) boit et se rendort jusqu’à 05:00. Ève n’a pas encore commencé à allonger ses périodes de sommeil: elle se réveille aux 3 heures mais elle se rendort plus facilement que son frère. Puisque je veux encourager Lucas à faire son 8-heure, j’ai arrêté de le réveiller pour le nourrir quand Ève se réveille. Cependant, la règle cardinale de survie avec des jumeaux est de les nourrir en même temps. C’est pour une bonne raison: entre minuit et 5:00, je vois passer chaque heure sur le cadran. Ève se réveille vers minuit et se recouche vers 01:00, Lucas se réveille vers 02:00 et se recouche vers 03:00, puis c’est encore le tour de Ève vers 03:00-04:00, puis Lucas vers 05:00. À 05:00, ils se rattrapent et sont plus ou moins synchronisés pour le reste de la journée. C’est intense mais je mise sur Ève qui devrait commencer à dormir plus longtemps d’ici les prochaines semaines.

Pendant la journée, c’est une autre histoire. Lucas ne dort que très peu pendant la journée et lorsqu’il dort c’est au bout de beaucoup d’encouragement (berçage, porte-bébé etc.). Ève d’un autre côté bois, souri et se rendort. Je m’inquiète parfois de donner plus d’attention à Lucas mais lorsque j’essaie de garder Ève réveillée pendant que Lucas dort, c’est le désastre. Ève veut être dans son lit, tranquille. Je réalise que le processus d’attachement est différent: j’ai une connexion beaucoup plus forte avec Lucas puisque je passe beaucoup plus de temps à le porter et à lui parler. D’un autre côté, Ève n’est que plaisirs et sourires. Ève s’endort seule alors que Lucas a beaucoup de mal à s’endormir. Ève reste endormie alors que Lucas se réveille au moindre bruit. Les jumeaux illustrent à quel point les habitudes de sommeil sont innées. Je travaille déjà avec Lucas pour l’encourager à s’endormir seul. Doucement, sans le laisser pleurer, mais quand même dans l’espoir qu’il en prendra l’habitude.Il ne s’endort qu’avec sa suce et bien emmailloté. La suce aggrave son muguet mais l’emmaillotement l’empêche de trouver ses doigts. Enfin, je lui donne un autre mois avec sa suce. Deux au plus. Je refuse de m’embarquer dans un autre esclavage de la suce qui me verrait me lever 2, 3, fois par nuit pour deux ans pour retrouver la maudite suce!

Côté famille, l’adaptation à la vie avec les jumeaux se fait avec quelques heurts mais sans traumatisme. Pour les plus vieux, l’adaptation est surtout logistique. Mes sorties doivent être planifiées, le temps entre les boires judicieusement alloué. Parfois, les plans sont annulés lorsque Lucas s’endort. Je n’ai plus le temps de m’occuper des animaux, les enfants doivent prendre le collier. Au niveau des émotions, le manque de sommeil et l’impatience de maman demandent aux plus vieux des efforts d’empathie et de compassion qui semblent parfois au-delà de leur capacité.  Mais en général, les grands sont d’une aide incomparable. Et il est toujours touchant de voir à quel point ils sont à l’aise avec les bébés. Ils seront sans doute parents eux-mêmes d’ici à ce que les jumeaux aient leur âge… Ça donne le tournis! Clara les appelle parfois l’araignée: “Quand ils sont couchés un à côté de l’autre avec leurs 4 bras et leurs 4 jambes qui gigotent et qu’ils te regardent intensément avec leurs 4 yeux qui clignent…” Il y a de ces images dont il est difficile de se défaire!

Les plus jeunes s’adaptent bien, encore une fois sans traumatismes apparents 🙂 Sarah est moins supervisée et fait donc plus de bêtises mais je crois que c’est une fonction de sa liberté relative plutôt qu’une réaction à l’arrivée des jumeaux. Elle a vécu un peu de régression au niveau de la propreté mais les choses sont rapidement retombées dans l’ordre. Elle n’exprime pas de jalousie ou de ressentiment envers les jumeaux mais elle veut s’en occuper comme maman. Nous avons du placer un verrou sur notre porte de chambre pour l’empêcher d’aller chercher les bébés dans leur lit. Maintenant, elle materne ses deux poupées et ça semble l’avoir détournée des jumeaux. Ça me coûte plusieurs wipes et quelques couches — car elle change ses bébés plusieurs fois par jour — mais ça en vaut la tranquilité d’esprit!

L’allaitement est toujours un défi parceque je n’ai qu’un côté qui produit. Je dois donc supplémenter avec de la formule. Ce n’est pas la fin du monde, même si personellementje trouve que la formule ça pue, ça fait faire des cacas qui puent et c’est difficile à digérer, surtout pour Ève. La supplémentation rend l’allaitement plus difficile car elle affecte parfois la succion des bébés au sein et peut causer la diminution de la production de lait. Mes efforts afin de limiter la supplémentation au stricte minimum rendent ma vie régimentée autour de l’alimentation des bébés. Comme je le disais à mon mari: “J’ai l’impression que je passe ma vie à faire deux choses: soit je les nourri, soit je me demande s’ils ont faim”. Mais je crois qu’il y a de la lumière au bout du tunnel: j’ai assisté à une rencontre le la Ligue La Leche où j’ai reçu de l’excellente information sur la meilleure manière de supplémenter les bébés afin d’optimiser l’allaitement.

En bref, les choses vont bien. J’ai replacé la suce de Lucas 12 500 fois en écrivant ce post. Mais il devrait finir par s’endormir. Et moi aussi.

Télé-réalité


On me dit souvent que je devrais avoir une émission de télé-réalité à la “Kate + 8” ce à quoi je réponds vous savez ce serait beaucoup moins intéressant que vous le pensez: je passerais la moitié de l’émission à conduire, l’autre moitié dans la cuisine. Pas de “Famille Nombreuse visite Disney” pour nous. C’est plutôt “Famille Nombreuse visite Costco” et avec un peu de chance, c’est sans les enfants.

J’ai croisé une amie qui attend son huitième enfant ce weekend. Elle m’a demandé c’était comment avec 8. “Pas vraiment différent qu’avec 7 j’imagine… ” Quoique je n’ai eu 7 enfants que pendant 5 minutes entre 21:07 et 21:12 le 18 septembre. “Tu cours sans arrêt comme une poule sans tête, tu pètes ta coche de temps à autre. Et dans 6 semaines tu feras la même chose mais avec le bébé dans les bras.” Mes amis peuvent toujours compter sur moi pour les encourager.

Mais comment ça se passe vraiment? S’il y avait une équipe de tournage chez moi, que verrait-elle? Commençons par le commencement. Ma journée commence vers 05:30. Je dois commencer quelque part mais avec des jumeaux, il est difficile de décider quand commence la journée puisqu’il n’y pas de nuit. Vers 05:30, je suis parfois réveillée depuis 2 ou 3 heures mais cette fois-ci, c’est pour de bon.

05:00 – Les bébés se réveillent entre 05:00 et 05:30. Je les change, les nourris au sein puis je les termine au biberon. Souvent, leur pleurs réveillent Sarah qui se met à hurler “Papaaaaa!!” de plus en plus fort pour qu’on vienne la chercher dans sa chambre. Vers 06:00 , les bébés retournent au lit et Sarah, maman et papa se lèvent pour la journée. J’habille Sarah et je descends sortir le chien et chercher le journal.

06:00 – 07:00 – Dans la cuisine. Je déjeûne et je fais le lunch de David. Etc. Etc. J’aide à gauche et à droite.  J’empêche Sarah de se faire un grilled-cheese et de vider le garde-manger. David se lève et fait une crise de nerfs. Sarah fait un dégât ou deux. Ou trois.

Entre 07:00-08:00 on fini de s’habiller et de se brosser les dents et je dois nourrir les bébés. J’ai commencé à leur donner une bouteille le matin parceque je peux les nourrir en tandem (au sein, je dois les nourir tour à tour du côté droit car c’est le seul qui produit du lait.) Sarah en profite pour vider quelques tiroirs et David fait une crise de nerfs. Éloïse et Marie se lèvent, s’habillent, déjeûnent, font leur lunch et préparent leurs choses d’école. Je finis de nourir les bébés et avec un peu de chance je peux prendre une douche et ranger la cuisine. Vers 08:30 je sors le chien et j’attends l’autobus avec les enfants. Lorsque les enfants partent, je vais conduire Sarah chez Mélanie, gardienne extraordinaire.

09:00 – Je rentre à la maison pour… nourrir les bébés! Je mets un épisode de la première saison de The Wire en allaitant et je cultive mon vocabulaire de drugs & gangs. À partir de 09:00-10:00, les bébés sont réveillés pour la journée, c’est-à-dire qu’ils ne dormiront plus en même temps à moins que je sois très chanceuse. Je les change, je leur donne leur biberon. Ensuite, je fais quelques sourires à Ève et je lui dis qu’elle est mignonne. Au bout de 5 minutes, Ève baille. Je l’enmaillote et je la couche. Elle s’endort. Lucas, lui, préfère jaser plus longtemps. Il se fatigue et refuse de dormir. Il pleure. Je le promène dans le sling et faisant du ménage léger. J’essaie de coucher Lucas. Il dort seul pour 15 minutes. Il chiâle, a des gaz. Il se rendort poour 15 minutes. Etc. Jusqu’au prochain boire.

12:00 – Prochain boire. J’allaite les bébés et je donne le biberon à celui ou celle qui en a besoin. La routine de boire prend environ 1 heure. Je zigonne sur mon iPhone pendant que les bébés boivent. Je vous dit, ça n’attire pas les grosse cotes d’écoute ici!

13:00 – Ève se rendort. Pas Lucas. S’il est de bonne humeur, je peux préparer le souper. Sinon, j’écris quelque chose sur le blogue (comme cette publication, composée entièrement dans la fonction “notes” de mon iPhone avec Lucas dans les bras). Je regarde autour de moi et je remarque que la place ne souffrirait pas d’un bon coup d’aspirateur. Je met Lucas dans le sling. Lucas ne veut pas être dans le sling et régurgite la moitié de sa formule dans mon t-shirt.Bah, il fallait que je prenne une douche de toute façon…

14:00 – Je commence à avoir faim. Je réalise que je n’ai pas lunché. Je me fait une tartine de Nutella ou deux. Ou trois. Et un café. Un rapide calcul mental m’informe que j’ai pris trois cafés et zéro verres d’eau aujourd’hui. Mon prochain café sera un cappucino avec du lait 1% (le 1% c’est presque comme de l’eau ça, non?)

14:55 – Lundi et vendredi, mes grands reviennent de l’école en autobus. Je peux leur passer un bébé et faire quelque chose d’utile jusqu’au prochain boire. Comme prendre un autre café.

15:00 – Prochain boire. Celui-là sera bref parceque je dois partir à 15:30 pour chercher Sarah et/ou conduire/chercher les autres enfants à l’école/la gymnastique/l’harmonie.

16:30 – Je reviens à la maison avec 6 à 8 enfants selon la journée. Je mets le souper en marche.

17:00 – Les jumeaux entament leur festival du bébé malheureux pendant que j’essaie de nourir le reste de la famille. Les enfants se disputent l’ordinateur et commencent leurs devoirs. Je demande à un enfant de surveiller Sarah mais tout le monde est trop occupé à faire ses devoirs. Je demande aux enfants de venir mettre le couvert et tout le monde se porte volontaire pour surveiller Sarah. David termine son lunch d’école pendant que Sarah raid les boîtes à lunch de ses soeurs.

17:30 – Le souper est servi. David et Sarah n’ont plus faim. Les jumeaux ont faim et passent à table.

17:30-19:00 – La période du souper, bains, coucher ne peut être adéquatement décrite par mon talent limité. C’est bruyant, enfumé, parfois nauséabond. Certains crient, d’autres se bousculent. Éloïse déchiffre Someone Like You  par oreille au piano. C’est comme ce que j’ai vu du marché de Kabul. Pendant le souper Paul essaie d’expliquer la crise de l’Euro aux plus vieux pendant que David s’énerve. Sarah, tranquille,  trempe des kleenex dans sa purée. Bref, éventuellement tout le monde est propre avec les dents brossées et les deux plus jeunes se couchent.

20:00 – Je baigne, change et allaite les jumeaux avant de les coucher pour la “nuit.”Jusqu’à 22:00, les plus vieux vont et viennent. Vers 22:00 quand je suis finalement prête à me coucher, Clara se pointe dans ma chambre pour me demander de lui expliquer la privatisation d’Internet et ses implications.

0:00 – 1:15 – J’allaite les bébés

02:05 – Lucas ne se rendort pas. Je lui donne une bouteille.

04:00 – J’allaite Ève

05:00 – J’allaite Lucas

06:00 – Biberon. Finalement, les bébés dorment! Je me lève…