La vie comme une rivière, la suite.


Suite à ma dernière publication en français «La vie comme une rivière » j’ai reçu quelques commentaires questionnant le message sous-jacent à mon texte. Certains m’ont demandé si l’adoption d’enfants à besoin spéciaux était le seul moyen « de se prouver. » D’autres ont observé que tout le monde n’est pas appelé à faire de grandes choses, que certains ne sont appelés qu’à bien mener une vie ordinaire.

C’est vrai. Nous ne sommes pas tous appelés à la même chose. Nous ne suivons pas tous le même chemin. Mais peut-être sommes tous appelés à quelque chose de plus grand que nous-mêmes? Ce n’est pas le point de départ ou d’arrivée qui importe mais le dépassement de soi. Combien de briques sont nécessaires pour former la base solide de la pyramide? Sans une base bien étayée, la pointe de la pyramide ne vaut pas grand-chose. Et c’est ainsi que ceux qui semblent nous dépasser ont eux aussi besoin du support d’une base solide. L’important, c’est d’être prêt à servir. Je me suis beaucoup questionné sur l’adoption : nous avons tellement à offrir. Pour l’instant, j’ai réalisé avec grande clarté que j’étais appelée à un rôle de support. Le support matériel et spirituel est une brique tout aussi importante de cette démarche. J’ai trouvé beaucoup de paix intérieure lorsque j’ai compris que plutôt que de me sentir inutile parce que je n’avais pas la même vocation , je pouvais transformer cette bonne volonté en prière et demander d’être prête à sauter dans la mêlée. Puis de faire confiance.

C’est ainsi qu’a commencé une belle histoire d’entraide et de support, tout tranquillement alors que je revenais de visiter mon amie qui vient d’adopter et qui se poursuit aujourd’hui.

Lorsque les jumeaux sont nés, j’ai commencé à m’intéresser au portage. J’avais besoin de mes mains et j’avais trois enfants qui avaient besoin de mon attention. J’ai découvert que le portage, c’était bien plus que de récupérer ses mains! Prendre les petits sur moi me permets non seulement de continuer à m’occuper des autres mais aussi de répondre à leur besoin de contact et d’attention. 15 minutes sur le dos de maman et j’ai des petits ressourcés, comme neufs. Bref, au cours de mon congé de maternité, j’ai découvert une communauté de portage, j’ai commencé à utiliser des écharpes et des porte-bébés préformés. Puis comme je porte beaucoup, j’ai commencé à accueillir des mamans chez moi et à me déplacer pour aider les mamans à apprendre l’art du portage.

Lorsque j’ai visité mon amie qui vient d’adopter, j’ai passé la journée avec son petit bonhomme de 2 ans et je l’ai porté dans le sling pour une bonne partie de l’après-midi. IMG_1898C’est fou comment le portage peut jeter des ponts et rendre une situation non familière normale pour un enfant. Puis j’ai porté une de ses jumelles dans mon préformé Manduca et j’ai tout de suite vu que ce serait la solution idéale pour que maman retrouve ses mains. La poche en tissus intérieur permet de bien placer bébé, sans la forcer dans une position non-physiologique (elles ont quand même 18 mois les puces, malgré leur taille de nouveau-né). Le préformé évitait la courbe d’apprentissage de l’écharpe pour laquelle maman n’a ni le temps ni l’inclination et le Manduca a la versatilité d’être utilisé pour son bonhomme de 2 ans qui, en surcroît d’avoir encore bien besoin de sa maman, doit la suivre à l’hôpital et en clinique, autant d’endroits où il ne pourra pas toujours toucher à tout et se promener librement. Avec mes trois de moins de 3 ans depuis l’année dernière, c’est porte ou crève; et mes circonstances ne sont même pas dans la même galaxie de difficulté!

Avant ma visite, j’avais pensé offrir une de mes écharpes à mon amie en cadeau de bienvenue. Je suis un fan fini de mes écharpes de portage. Mais j’ai bien vu que ce ne serait pas approprié pour une maman qui n’a ni le temps ni l’inclination de battre la courbe d’apprentissage de l’écharpe, d’autant plus que la pratique se ferait plus souvent qu’autrement dans le stationnement de l’hôpital l’hiver ou sur des planchers durs à l’intérieur de l’hôpital.

Même les grands enfants aiment le portage!
Même les grands enfants aiment le portage!

Au retour de ma visite, j’ai décidé de vendre deux écharpes de portage et deux slings afin de financer l’achat de deux porte-bébés Manduca. Le total se portait à $370 avant les taxes. J’ai donc annoncé mes écharpes à vendre auprès de mes amies du groupe de portage d’Ottawa sur Facebook. J’ai écrit un court texte sur le Manduca et le portage « à besoins spéciaux » et j’ai expliqué pourquoi je vendais mes deux écharpes. Moins de 20 minutes plus tard, j’avais reçu plusieurs messages me demandant si je prenais les dons : plusieurs mamans voulaient contribuer mais n’avaient pas besoin d’une nouvelle écharpe. Puis une amie m’a dit « Il y a 300 mamans dans le groupe de portage, si 25 mamans donnent $15, tu as tes deux porte-bébés. » J’ai donc annoncé que mon compte PayPal avait été remis à zéro et que celles qui aimeraient contribuer pouvaient le faire via PayPal. La vente de mes écharpes se ferait via PayPal de toute façon. Puis je suis allée me coucher.

Quand je me suis levée le lendemain matin, j’avais reçu presque $200 de dons et mes deux écharpes étaient vendues. J’avais presque $400 en main. Je me sentais presque mal-à-l’aise. Je n’avais même pas eu le temps d’en parler à mon amie et j’avais un peu peur qu’elle refuse, se sentant peut-être l’objet de charité ou de pitié. Mais cette réponse enthousiaste de ma communauté de « mère-porteuses » n’était pas motivée par la pitié mais plutôt par un sens d’entraide. Ces mamans avaient lu l’histoire de mon amie sur son blogue et avaient été profondément touchées par cette adoption un peu folle par son altruisme. Tout comme moi, elles étaient portées par un désir né du cœur de faire partie de cette belle histoire. Nous ne sommes pas toutes appelées à l’adoption d’enfants dans le besoin, mais nous pouvons toutes offrir notre support, nos prières et nos pensées à ceux qui le sont.

Lorsque les porte-bébés ont été achetés, il me restait encore de l’argent. J’ai d’abord pensé leur offrir une carte-cadeau chez Costco ou Walmart mais j’ai réalisé, lorsque les jumelles ont été réadmises pour leur deuxième séjour à l’hôpital en autant de semaines, que mes amis n’avaient pas besoin d’épicerie mais de repas. Ils ont besoin de temps plus que d’argent. J’ai donc organisé un bon vieux « party » de cuisine. Nous avons planifié un menu de repas congelés que nous allons préparer « à l’ancienne » c’est-à-dire en communauté, avec des mamans qui cuisinent, d’autres qui s’occupent des bébés, d’autres qui lavent la vaisselle. En quelques heures, nous devrions avoir une dizaine de repas près à congeler, des enfants fatigués et une bonne rasade de jasette et de compagnie.

J’ai beaucoup appris cette semaine. Sur moi-même, sur la valeur de la communauté, sur l’amitié. Et si j’ai ressenti un peu de gêne au départ en acceptant de laisser mes amies contribuer à ce cadeau, j’ai réalisé que le don n’est pas seulement ce qui est reçu. En donnant à d’autres l’occasion d’agir généreusement, nous devenons tous plus forts.

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2 thoughts on “La vie comme une rivière, la suite.

  1. Pingback: The Manduca carriers are here! | And Babies Make 10

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