Bienvenue été!


Notre famille célèbre l’arrivée de l’été avec un anniversaire et la promesse de journées moins pressées. Nous aimons nous retrouver à la plage le vendredi soir pour un picnic de fin de semaine. C’est une tradition de mon enfance dont je conserve d’excellents souvenir: les mamans et les enfants se dirigeaient en fin d’après-midi vers la plage du lac Meech et les papas nous rejoignaient après le travail. Puisque nous n’avions tous qu’une voiture, il fallait s’organiser. On achetait un sac de chip en chemin et on mangeait des oeufs durs. C’était une occasion de reconnecter avec nos amis, qui n’habitaient pas dans le même quartier et ne fréquentaient pas la même école, et notre famille. Ni nos voitures ni nos maisons n’avaient l’air climatisé et ces visites de soirée à la plage étaient notre refuge, notre rafraichissement. On conduisait les vitres baissées, le nez au vent, jusqu’aux limites du Parc de la Gatineau, on quittait la ville et l’asphalte trop chaude pour la remplacer par l’eau toujours fraîche du lac. J’habite maintenant trop loin du lac Meech pour en faire une escapade régulière et l’Île Pétrie a remplacé le parc de la Gatineau. Mais j’éprouve encore le même plaisir à fuir mon quartier de banlieue sans arbres le vendredi soir pour me retrouver au bord de l’eau. Voici quelques photos avec sous-titres de notre première sortie estivale. J’y ai inclue ma toute première tentative, après 2 mois, de  photo de famille avec les 9 enfants. Vous verrez si j’ai eu du succès! Si vous cliquez sur la première photo, vous pourrez toutes les voir en “diapo”.

 

 

Frères et soeurs – Première partie


This little blog has seen an influx of new visitors lately, thanks to the popularity of my blog post on large families and the environment. The post below, about sibling rivalry, is written in French. If French is all Chinese to you, please stay for the pictures and thanks for the visit!

Cheers,
Véronique

Ah, les frères et sœurs! La famille est un groupe qui se porte à une multitude de dynamiques, qu’elles soient positives ou qu’elles vous marquent au fer rouge. Les rapports avec les membres de notre famille nous forment, un peu comme le moule dans lequel on verse la pâte à gâteau : à la fois distincte du moule et soumise à son influence. On me pose souvent des questions sur les rapports entre frères et sœurs et j’ai plus d’une fois promis une publication à ce sujet. Quelle meilleure occasion que l’arrivée d’un nouveau petit dans la fratrie?

Lorsque je reçois des questions au sujet de la rivalité entre frères et sœurs, celles-ci viennent de deux camps. D’un côté, les adultes qui ont des relations harmonieuses avec leurs frères et sœurs et qui veulent s’assurer que leurs enfants grandissent dans la même harmonie, et de l’autre côté les adultes qui ont des relations difficiles – ou parfois complètement rompues – avec leurs frères et sœurs et qui veulent éviter que leurs enfants grandissent avec le même bagage. Étant issue de la première catégorie, je dois avouer que je n’ai jamais beaucoup réfléchi à la cause des relations harmonieuses (ou tendues) au sein d’une fratrie. Plusieurs litres d’encre ont été répandus sur des kilomètres de papier, les ouvrages de psychologie et d’auto-assistance ainsi que les livres d’instructions destinés aux parents ne manquent pas. De l’ordre de naissance aux signes astrologiques, les théories sur ce qui pourrait expliquer la fonction et la dysfonction familiale sont nombreuses. Je ne suis ni psychologue, ni gourou du « self-help », mais j’ai le privilège de voir grandir mes propres enfants et leurs interactions me poussent à la réflexion.

 

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Les jeunes parents qui s’apprêtent à accueillir un nouveau bébé se demandent souvent comment assurer une transition sans heurts pour leur aîné. Les parents qui vivent avec des jeunes enfants au jour-le-jour se demandent si les batailles et les insultes quotidiennes laisseront une marque indélébile sur la relation entre leurs enfants. Puisque mes enfants ont en moyenne 2 ans-et-demi d’écart, nos nouveaux bébés arrivent généralement à une époque où le plus jeune est encore très attaché à maman. Au cours de chaque grossesse, un ami proche ou un membre de ma famille exprime son inquiétude quant à la transition de l’ex-bébé. À chaque fois, malgré le stress qui marque invariablement tout changement de routine, la transition se fait bien. L’ex-bébé doit bien grandir et somme toute, il n’est pas toujours décommandé d’encourager cette maturation avec une petite poussée dans le derrière. DSC_0771

 

Dans notre famille, plutôt que de traiter l’arrivée d’un nouveau petit comme un traumatisme pour les enfants, nous préférons le voir comme un événement de la vie normale. Après tout, les femmes sont fertiles de l’adolescence à l’âge d’or. La capacité d’avoir 2 enfants parfaitement planifiés entre l’âge de 30 et 34 ans n’est qu’un résultat des avances de la contraception. La reproduction humaine suggère que l’avènement de plusieurs frères et sœurs sur un certain nombre d’années est la norme biologique plutôt que l’exception.

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Nous voyons donc l’arrivée d’un nouvel enfant comme un enrichissement et non comme un appauvrissement. Bref, nous portons notre regard sur ce que l’enfant ajoute à la vie de famille et non sur ce qu’il enlève. L’être humain est un animal social pour lequel l’organisation en communauté est une question de survie. Notre famille est notre première communauté, celle qui nous apprend à vivre en société. C’est la raison pour laquelle les blessures mentales et émotives qui nous sont infligées par une famille dysfonctionnelle sont celles qui laissent les cicatrices les plus cuisantes. L’harmonie entre les membres d’une famille est l’état d’équilibre et d’harmonie auquel nous aspirons. La discorde familiale est un état dysfonctionnel pour lequel de nombreux adultes cherchent un remède à grands coups de thérapies.

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Les enfants ne naissent pas avec un désir de discorde. Les enfants sont une page blanche à qui nous enseignons, par nos mots, nos gestes et nos attitudes, ce qui est normal, désirable. Au cours de mes conversations avec des enfants devenus adultes, j’ai appris que les querelles et rivalités à long terme, celles qui persistent au-delà des chicanes d’enfants et qui survivent à la maturation, prennent souvent racine dans les attitudes des parents envers leurs enfants. C’est pourquoi lorsqu’on me pose des questions sur la rivalité entre frères et sœurs, je préfère éviter les solutions faciles telles « demander aux visiteurs de dire bonjour au plus grand avant de dire bonjour au bébé » ou encore « d’acheter un cadeau au plus grand plutôt qu’au bébé. » En fait, ces suggestions ne sont pas mauvaises mais elles ne feront pas de différence. C’est la maîtrise de nos émotions en tant que parent et la capacité de contrôler l’expression de notre frustration, de nos préférences et de nos propres blessures qui vont faire la différence.

 

Nos enfants sont les acteurs de leurs propres vies. Nous en sommes les metteurs-en-scène.

Fin de la première partie.

 

Montée de lait d’une jeune femme rétrograde


Cette semaine, une amie anglophone m’a fait parvenir un article de L’Actualité intitulé Payer les mères à la maison pour que je lui en traduise l’idée générale. S’il y a des choses qu’on aimerait pouvoir « dé-lire », en voici une.

L’article part d’un récent sondage Leger-Marketing tenu auprès de familles québécoises :

L’été dernier, un sondage de Léger Marketing a permis de constater que, dans les deux tiers des familles québécoises, l’un des parents serait prêt à rester à la maison pour prendre soin des enfants d’âge préscolaire si l’État lui versait une allocation équivalente à la subvention qui est accordée pour une place en garderie subventionnée (CPE ou autre). On parle ici d’une subvention annuelle d’environ 9 000 dollars.

Devrait-on payer les femmes pour qu’elles restent à la maison? L’auteur explique qu’il s’agirait d’un projet inabordable, particulièrement à la lumière des finances publiques québécoises telles qu’elles sont. Bon, je me dis que les finances publiques n’empêchent pas le gouvernement québécois de poursuivre sa lancée avec les garderies à $7 qui, bien que populaires, ne sont pas exactement un investissement rentable au niveau fiscal.

Mais là où j’ai dû courir à la salle de bain (et ce n’est pas parce que je suis enceinte), c’est à la déclaration qu’il s’agirait d’une initiative rétrograde.

Pardon?

Payer les mères pour qu’elles restent à la maison irait aussi à l’encontre de plusieurs décennies d’efforts visant à améliorer la position des femmes à l’intérieur comme à l’extérieur du foyer.

Si j’ai bien compris, donner le choix aux familles d’utiliser la subvention pour les services de garde pour rester à la maison ferait perdre du terrain aux femmes et donnerait la permission aux hommes de se laver les mains des couches et des tâches ménagères. Parce qu’on sait que la seule raison pour laquelle les papas d’aujourd’hui sont impliqués dans le soin et l’éducation de leurs enfants, c’est parce que madame travaille. Encore une fois, pardon? D’après L’Actualité le progrès ne tient qu’à un fil : la garderie subventionnée. Et pourtant, à l’extérieur du Québec, des papas impliqués décident tous les jours d’être présents dans la vie de leurs enfants et d’appuyer leurs conjointes dans les tâches domestiques. Serait-ce la sagesse d’une génération de jeunes hommes qui ont été témoins d’une dynamique de couple laissant peu de place au père au sein du foyer? Serait-ce la sagesse d’une génération de femmes qui s’attendent à plus de la part de leur conjoint? Serait-ce la popularité croissante du maternage  et des théories de l’attachement qui suggèrent qu’un enfant a besoin de se sentir aimé et valorisé par ses parents afin de développer une bonne santé émotive et des relations saines? Bref, serait-ce une combinaison de facteurs historiques, sociaux et culturels qu’il serait difficile d’expliquer en un paragraphe?

Mais surtout, suis-je la seule jeune femme se pensant libérée qui a envie de mettre sa brassière en feu en lisant que si on donnait un choix aux femmes, elles pourraient l’utiliser à mauvais escient? Qu’il est donc préférable, pour leur bénéfice ma petite madame, de ne pas leur donner? L’auteur se pare du drapeau de la libération féminine en faisant preuve du paternalisme le plus bas. Bravo. Quand j’aurais besoin d’un homme pour me dire ce que je dois faire pour éviter de paraître rétrograde, je saurai où le rejoindre.

Ça m’a rappelé un incident de ma très jeune enfance, circa 1976. Je me suis ouvert le menton lorsque la roue avant de mon tricycle s’est prise dans une bouche d’égout mal fermée. Ma mère a voulu poursuivre la municipalité pour négligence mais a abandonné les procédures lorsque mon père a dû signer une autorisation lui permettant d’entamer une poursuite judiciaire.  Nier aux femmes la poursuite de leurs ambitions, même lorsque celles-ci se « limitent » à l’éducation de leurs enfants, c’est retourner à l’époque où les femmes devaient recevoir la permission de signer des documents importants et de gérer leurs finances personnelles. Leur dire que rester à la maison est un mauvais choix car elles pourraient le regretter dans l’éventualité d’un divorce, c’est substituer son intelligence à la leur. Le combat du féminisme n’était pas de donner aux femmes une palette de choix déterminés « progressistes » mais de leur donner l’autonomie de faire leurs propres choix. Les propos tenu par l’auteur de cet article m’inquiètent bien plus que mes copines qui renoncent à leur carrière pour rester à la maison.

Mais ce n’est pas tout. L’auteur va plus loin dans la substitution de son bon jugement à celui des femmes qui décident de rester à la maison en déclarant que les enfants doivent fréquenter la garderie pour y apprendre à vivre :

Une bonne garderie fait acquérir aux enfants des aptitudes cognitives, comme écouter, observer, parler, dessiner, compter, lire et écrire. Elle leur apprend aussi la patience, la persévérance, la responsabilité, la discipline, l’estime de soi, la capacité d’interagir avec les autres, la générosité et la maîtrise des émotions.

Y’a-t-il quelque chose d’utile que les enfants peuvent apprendre à la maison? La déclaration que les enfants doivent fréquenter une institution pour pouvoir développer ces habiletés particulières suggère qu’elles ne peuvent être acquises à la maison ou enseignées par les parents. Pousse mais pousse égal!  J’ai 8 enfants. Certains ont fréquenté une garderie jusqu’à leur entrée à l’école. D’autres sont restés à la maison avec moi. Aucun n’est plus vertueux que les autres à ces égards. En fait, j’ai toujours remarqué que l’entrée à l’école emportait une dégradation marquante du comportement de mes enfants. Tout d’un coup, ils se mettent à pousser pour avoir leur tour, à japper après leurs frères et sœur et à s’envoyer promener. Et pour ce qui est du développement du vocabulaire, on repassera merci : ils apprennent soudainement à sacrer. Il naît de l’école un stress et une impatience qui me surprennent toujours, même après 6 enfants. Pour ce qui est de la garderie, j’ai remarqué que certains enfants en garderie font preuves de discipline et de générosité et d’autres non. Serait-ce parce que finalement, c’est à la maison que ces apprentissages sont introduits et consolidés (ou non)?

Il est difficile de répondre à une déclaration à l’emporte-pièce par l’anecdote mais regardez autour de vous et dites-moi sans rire que les seuls enfants bien ajustés que vous connaissez sont issus d’un centre éducatif et que les seuls fuckés ont été élevés par des mères à la maison. Allez! Sans rire! Si l’auteur pense vraiment que les femmes ne sont pas à la hauteur de leurs propres petits, ce n’est pas surprenant qu’il ne les pense pas dignes de choisir quoi faire avec une potentielle subvention de services de garde.

Est-ce que l’état devrait payer les femmes pour qu’elles restent à la maison? Absolument pas! Au mieux, j’aimerais que les parents qui restent à la maison bénéficient d’un régime fiscal comparable à celui des parents qui travaillent. Par exemple, en permettant que la valeur du service de garde que les parents fournissent en restant à la maison puisse être déduite de leur revenu familial. Ou que le fractionnement du revenu (income splitting) soit permis pour les familles dont un parent reste à la maison. Je ne veux pas d’un chèque du gouvernement pour m’occuper de mes enfants. Parce que du chèque à l’inspection, il n’y a qu’un pas. Lorsque je paye ma femme de ménage, je m’attends à pouvoir lui dire quoi faire quand elle est chez moi. Et je n’accepterai jamais qu’un bureaucrate vienne fouiner chez moi pour voir si j’élève mes enfants d’une manière digne d’être payée. Votre enfant de 2 ans fait-il ses nuits madame? Il va falloir le laisser pleurer! Mes copines qui sont passées à travers un processus d’adoption savent à quel point les attentes d’un ministère quant à ce qui rend un parent digne peuvent être aussi frustrantes qu’illogiques. Je vais me passer du chèque et des interventions.

Je n’ai qu’à imaginer l’auteur de l’article dans le rôle de la police parentale. Gardez votre argent.

“Qu’est-ce que vous faites avec tous ces enfants?”


À mes parents qui viennent de célébrer leur 41ième anniversaire de mariage et qui m’ont donné le plus beau cadeau, la vie. C’est avec leur exemple d’une vie simple et heureuse, dédiée à leur famille et à leurs amis, que je poursuis mon chemin. Leur amour me soutient.

“Qu’est-ce que vous faites avec tous ces enfants?”

Oui, quelqu’un m’a posé cette question récemment. Un peu comme si je collectionnais les salières, avec le même mélange de curiosité un peu condescendante. Que voulez-vous dire « qu’est-ce que je fais »? Tout le monde sait que je les envoie aux champs tous les matins!

Qu’est-ce que vous faites? Comment vous faites? C’est l’interminable ronde des questions à laquelle font face les parents de famille nombreuse. Comment vous cuisinez pour une famille nombreuse? Comment vous faites le lavage pour une famille nombreuse? Comme si le four et la machine à laver fonctionnaient différemment pour 10 que pour 4. Je cuisine comme tout le monde, mais avec plus d’ingrédients.

Je me souviens du temps pas si lointain lorsque que je regardais les familles nombreuses avec une curiosité empreinte d’admiration. J’ai rencontré une mère de 6 enfants (qui en a maintenant 10) lorsque j’avais 2 enfants. Je lui ai posé la question que tout le monde pose aux mères de plusieurs : « Allez-vous en avoir d’autres? » Elle m’a répondu avec grâce et générosité – car je sais aujourd’hui à quel point cette question peut être irritante – « Oh oui!! Certainement! » J’étais à la fois impressionnée et intimidée. Je me rappelle sa patience lorsque les questions indiscrètes me tombent sur les nerfs : je ne saurais jamais si mes réponses auront encouragé une maman à faire confiance à la vie et à poursuivre le chemin de la grosse famille dans un monde fait pour 4. J’espère qu’un jour quelqu’un verra ma famille et se dira « Oui, moi aussi je peux! » Mais je sais qu’au jour le jour, les gens me regardent et se disent « Mieux vaut-elle que moi! »

Si j’avais le temps, je voudrais pouvoir m’asseoir avec les curieux autour d’un bon café et leur expliquer. J’aimerais leur dire que « tous ces enfants » sont aussi des individus. Lorsque nous décidons d’avoir « encore un enfant », ce que nous décidons c’est d’accueillir une nouvelle personne au sein de notre famille. Nous n’avons pas des enfants pour les 2 années où ils seront « bébés », ni pour les 10 années où ils seront « enfants », ni même pour les 20 années où ils seront « jeunes »; car ces chiffres ne sont que la représentation du passage du temps. Nous les accueillons dans notre vie pour eux-mêmes, enfants, adultes, tantes et oncles, cousins et amis. Non seulement pour les enfants qu’ils seront si brièvement mais pour les adultes qu’ils deviendront. Pour les aimer et être aimé en retour.

Élever des enfants est un travail difficile, sans répit. Et lorsque les gens nous demandent si nous allons en « avoir » d’autres avec le ton de voix qui demande si nous allons avoir une deuxième voiture ou un autre clou dans le front, ils trahissent leurs propres doutes et leur horizon limité. Je vais avoir une pédicure, merci beaucoup. Mais pour ce qui est des enfants, je ne les ai pas, je les donne. Je leur donne la vie, je les donne à moi-même d’abord puis les uns aux autres comme frères et sœurs, puis je les donne à leurs futurs époux et à leurs enfants. Je les donne à leur patrie, à leur environnement, à leur travail et à leur communauté. Et je sais qu’ils reviendront m’entourer un jour, plus nombreux et plus forts, compagnons et solidaires.

Notre vie sera une longue, merveilleuse, aventure.

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La vie comme une rivière, la suite.


Suite à ma dernière publication en français «La vie comme une rivière » j’ai reçu quelques commentaires questionnant le message sous-jacent à mon texte. Certains m’ont demandé si l’adoption d’enfants à besoin spéciaux était le seul moyen « de se prouver. » D’autres ont observé que tout le monde n’est pas appelé à faire de grandes choses, que certains ne sont appelés qu’à bien mener une vie ordinaire.

C’est vrai. Nous ne sommes pas tous appelés à la même chose. Nous ne suivons pas tous le même chemin. Mais peut-être sommes tous appelés à quelque chose de plus grand que nous-mêmes? Ce n’est pas le point de départ ou d’arrivée qui importe mais le dépassement de soi. Combien de briques sont nécessaires pour former la base solide de la pyramide? Sans une base bien étayée, la pointe de la pyramide ne vaut pas grand-chose. Et c’est ainsi que ceux qui semblent nous dépasser ont eux aussi besoin du support d’une base solide. L’important, c’est d’être prêt à servir. Je me suis beaucoup questionné sur l’adoption : nous avons tellement à offrir. Pour l’instant, j’ai réalisé avec grande clarté que j’étais appelée à un rôle de support. Le support matériel et spirituel est une brique tout aussi importante de cette démarche. J’ai trouvé beaucoup de paix intérieure lorsque j’ai compris que plutôt que de me sentir inutile parce que je n’avais pas la même vocation , je pouvais transformer cette bonne volonté en prière et demander d’être prête à sauter dans la mêlée. Puis de faire confiance.

C’est ainsi qu’a commencé une belle histoire d’entraide et de support, tout tranquillement alors que je revenais de visiter mon amie qui vient d’adopter et qui se poursuit aujourd’hui.

Lorsque les jumeaux sont nés, j’ai commencé à m’intéresser au portage. J’avais besoin de mes mains et j’avais trois enfants qui avaient besoin de mon attention. J’ai découvert que le portage, c’était bien plus que de récupérer ses mains! Prendre les petits sur moi me permets non seulement de continuer à m’occuper des autres mais aussi de répondre à leur besoin de contact et d’attention. 15 minutes sur le dos de maman et j’ai des petits ressourcés, comme neufs. Bref, au cours de mon congé de maternité, j’ai découvert une communauté de portage, j’ai commencé à utiliser des écharpes et des porte-bébés préformés. Puis comme je porte beaucoup, j’ai commencé à accueillir des mamans chez moi et à me déplacer pour aider les mamans à apprendre l’art du portage.

Lorsque j’ai visité mon amie qui vient d’adopter, j’ai passé la journée avec son petit bonhomme de 2 ans et je l’ai porté dans le sling pour une bonne partie de l’après-midi. IMG_1898C’est fou comment le portage peut jeter des ponts et rendre une situation non familière normale pour un enfant. Puis j’ai porté une de ses jumelles dans mon préformé Manduca et j’ai tout de suite vu que ce serait la solution idéale pour que maman retrouve ses mains. La poche en tissus intérieur permet de bien placer bébé, sans la forcer dans une position non-physiologique (elles ont quand même 18 mois les puces, malgré leur taille de nouveau-né). Le préformé évitait la courbe d’apprentissage de l’écharpe pour laquelle maman n’a ni le temps ni l’inclination et le Manduca a la versatilité d’être utilisé pour son bonhomme de 2 ans qui, en surcroît d’avoir encore bien besoin de sa maman, doit la suivre à l’hôpital et en clinique, autant d’endroits où il ne pourra pas toujours toucher à tout et se promener librement. Avec mes trois de moins de 3 ans depuis l’année dernière, c’est porte ou crève; et mes circonstances ne sont même pas dans la même galaxie de difficulté!

Avant ma visite, j’avais pensé offrir une de mes écharpes à mon amie en cadeau de bienvenue. Je suis un fan fini de mes écharpes de portage. Mais j’ai bien vu que ce ne serait pas approprié pour une maman qui n’a ni le temps ni l’inclination de battre la courbe d’apprentissage de l’écharpe, d’autant plus que la pratique se ferait plus souvent qu’autrement dans le stationnement de l’hôpital l’hiver ou sur des planchers durs à l’intérieur de l’hôpital.

Même les grands enfants aiment le portage!
Même les grands enfants aiment le portage!

Au retour de ma visite, j’ai décidé de vendre deux écharpes de portage et deux slings afin de financer l’achat de deux porte-bébés Manduca. Le total se portait à $370 avant les taxes. J’ai donc annoncé mes écharpes à vendre auprès de mes amies du groupe de portage d’Ottawa sur Facebook. J’ai écrit un court texte sur le Manduca et le portage « à besoins spéciaux » et j’ai expliqué pourquoi je vendais mes deux écharpes. Moins de 20 minutes plus tard, j’avais reçu plusieurs messages me demandant si je prenais les dons : plusieurs mamans voulaient contribuer mais n’avaient pas besoin d’une nouvelle écharpe. Puis une amie m’a dit « Il y a 300 mamans dans le groupe de portage, si 25 mamans donnent $15, tu as tes deux porte-bébés. » J’ai donc annoncé que mon compte PayPal avait été remis à zéro et que celles qui aimeraient contribuer pouvaient le faire via PayPal. La vente de mes écharpes se ferait via PayPal de toute façon. Puis je suis allée me coucher.

Quand je me suis levée le lendemain matin, j’avais reçu presque $200 de dons et mes deux écharpes étaient vendues. J’avais presque $400 en main. Je me sentais presque mal-à-l’aise. Je n’avais même pas eu le temps d’en parler à mon amie et j’avais un peu peur qu’elle refuse, se sentant peut-être l’objet de charité ou de pitié. Mais cette réponse enthousiaste de ma communauté de « mère-porteuses » n’était pas motivée par la pitié mais plutôt par un sens d’entraide. Ces mamans avaient lu l’histoire de mon amie sur son blogue et avaient été profondément touchées par cette adoption un peu folle par son altruisme. Tout comme moi, elles étaient portées par un désir né du cœur de faire partie de cette belle histoire. Nous ne sommes pas toutes appelées à l’adoption d’enfants dans le besoin, mais nous pouvons toutes offrir notre support, nos prières et nos pensées à ceux qui le sont.

Lorsque les porte-bébés ont été achetés, il me restait encore de l’argent. J’ai d’abord pensé leur offrir une carte-cadeau chez Costco ou Walmart mais j’ai réalisé, lorsque les jumelles ont été réadmises pour leur deuxième séjour à l’hôpital en autant de semaines, que mes amis n’avaient pas besoin d’épicerie mais de repas. Ils ont besoin de temps plus que d’argent. J’ai donc organisé un bon vieux « party » de cuisine. Nous avons planifié un menu de repas congelés que nous allons préparer « à l’ancienne » c’est-à-dire en communauté, avec des mamans qui cuisinent, d’autres qui s’occupent des bébés, d’autres qui lavent la vaisselle. En quelques heures, nous devrions avoir une dizaine de repas près à congeler, des enfants fatigués et une bonne rasade de jasette et de compagnie.

J’ai beaucoup appris cette semaine. Sur moi-même, sur la valeur de la communauté, sur l’amitié. Et si j’ai ressenti un peu de gêne au départ en acceptant de laisser mes amies contribuer à ce cadeau, j’ai réalisé que le don n’est pas seulement ce qui est reçu. En donnant à d’autres l’occasion d’agir généreusement, nous devenons tous plus forts.

La vie comme une rivière


Vous êtes-vous déjà trouvé là, métaphoriquement debout au milieu de votre vie, à regarder tout autour et vous demander où vous vous en allez? À quoi se résume la somme de vos priorités, de vos choix,  où mène le chemin que vous avez créé par la force de vos décisions successives, comme l’eau courante qui creuse une rivière?

Plus la rivière est profonde, plus le courant est fort. Et plus difficile d’en sortir. Vous est-il déjà arrivé de vous croire destiné à de plus grandes choses? Puis de réaliser qu’à votre âge et compte tenu de vos habiletés, vous étiez sans doute arrivé au paroxysme de votre grandeur? Avez-vous trouvé votre appel, votre vocation? Je me pose souvent la question.

J’ai eu le loisir de me pencher sur le but de ma vie récemment alors qu’une amie proche et son mari sont allés au Viêt-Nam pour y adopter deux jumelles. Dans un acte de confiance aveugle en la vie, ils sont allés chercher ces deux petites filles qui avaient un besoin criant de soins médicaux, d’amour et d’une famille où s’enraciner. Cette famille hors du commun en est à sa deuxième adoption d’enfants présumés « à besoin spéciaux » que d’autres familles ont refusés, leur troisième adoption. Au cours du voyage, mon amie a écrit deux choses – sur son blogue ou Facebook – qui m’ont marquées. Le jour du départ (citation approximative, traduite de l’anglais) : « Je suis mon chemin, celui que la vie a mis devant moi. » Puis après avoir reçu ses filles : « Maintenant je sais pourquoi nous nageons à contre-courant depuis si longtemps. Tout nous préparait à accueillir et aimer ces trésors de la vie. »

Lorsqu’un proche pose un acte d’une telle grandeur, il est inévitable de se mettre en perspective. On voit nos peurs, nos doutes et nos limites avec une grande clarté. On se demande ce qui nous différencie de ceux qui agissent avec grandeur d’âme, générosité et courage. Car s’il est facile de se rassurer en se faisant croire qu’il s’agit d’êtres surhumains lorsqu’on les voit en reportage dans les média, c’est impossible lorsqu’il s’agit d’amis que l’on sait normaux, avec leurs doutes, leurs peurs et leurs limites.

Je me suis demandé quelle était la différence essentielle entre ceux qui accueillent la différence à bras ouverts et ceux qui la rejette. De nos jours, la science du dépistage prénatal nous permet de croire que nous pouvons choisir les défis que nous décidons de relever.

Car il s’agit de quelque chose de plus profond que le désir ou le désaveu de la différence. Les handicaps ou les besoins spéciaux ne sont pas qu’une différence pour les familles affectées : c’est l’engagement d’une vie et le renoncement à un parcours ordinaire. Et même si le bonheur se trouve au détour d’un parcours hors de l’ordinaire, nous semblons plus aptes à faire notre deuil du bonheur que de l’ordinaire. L’humain dépense plus d’énergie à éviter la douleur qu’à rechercher le plaisir, c’est un fait.

    

Alors qu’est-ce qui fait la différence entre ceux qui acceptent le défi, embrassent la croissance qui vient du dépassement de soi et ceux qui ont souvent tout à offrir mais le gardent pour eux? Je laisse la réflexion à des cerveaux mieux aguerris. Mais pour ma part, je sais dans quel camp j’aimerais me trouver si un jour la vie me fait appel. Et si j’ai appris une leçon de l’expérience de mon amie, c’est que nos décisions de tous les jours nous préparent à l’appel de la vie et lui offre un terrain fertile ou une terre brûlée.

Je veux être prête.

Souper de semaine végétarien: Pâtes avec sauce aux pois chiches (humus)


Il y a quelques mois, j’ai commencé à faire la transition de notre famille vers un mode d’alimentation plus végétarien. La récente “crise du boeuf” causée par le rappel majeur de produits contaminés n’a fait que confirmer ma détermination. Notre système de production alimentaire n’est pas fiable. Ou du moins, je ne m’y fie pas. Et si les organismes comme e-coli existent dans toutes les viandes sur le marché, que ce soit local, organique ou nourri au filet mignon, je crois mettre toutes les chances du côté de ma famille en choisissant des producteurs qui vivent près de chez moi et qui élèvent leur bétail de manière à ne pas avoir recours à certaines pratiques qui favorisent la contamination. Cependant, afin de passer à une meilleure viande (lire plus dispendieuse) je dois réduire dramatiquement notre consommation.

Lorsque j’ai commencé à planifier des repas végétariens, j’ai trouvé très peu de recettes que je trouvais appropriées pour une famille nombreuse avec une maman qui travaille. Mes repas doivent être sinon congelables, au moins rapides à préparer. Et les gouts et saveurs doivent être solides mais conservateurs et pas trop épicés. J’ai trouvé que la plupart des repas végétariens étaient élaborés, demandaient des ingrédients dispendieux ou masquait une absence de gout et de texture par une abondance de piment. J’ai donc commencé à développer mes propres recettes.

La fin de semaine dernière, j’ai préparé une sauce pour pâtes  dont l’ingrédient principal était un contenant d’humus d’edamame. Utiliser de l’humus commercial est un peu plus dispendieux que le faire sois même (mais moins dispendieux qu’1 kg de viande…). Bref, la recette suivante peut être faite avec de l’humus maison ou encore avec une conserve de pois chiches passée au robot avec de l’huile d’olive pour en adoucir la texture.

J’utilise une boîte d’humus par boîte de pâtes. Pour ma famille de 10, 2 boîtes de pâtes et deux contenants d’humus nourri tout le monde avec des restes pour le lendemain.

Je commence par faire revenir un oignon haché (ou deux selon vos goûts) dans la poêle avec de l’huile d’olive. J’utilise un wok parce que je n’ai pas de poêle assez grande pour ma famille. Lorsque l’oignon a ramolli, j’ajoute deux gousses d’ail écrasées puis hachées. Vous saviez que pour libérer tout le potentiel de l’ail, la gousse doit être écrasée avant d’être hachée? J’ai cherché un lien informatif sans succès mais c’est vrai, je le sais. C’est pourquoi un bon presse-ail est une nécessité. J’utilise le côté de mon couteau pour écraser l’ail avant de le hacher mais c’est seulement parce que nettoyer le presse-ail m’emmerde. Oui, on est paresseuse comme ça ici.

Je coupe deux (ou trois) tomates en petits cubes et je les ajoute au wok. Vous décidez de la taille des cubes. Mes enfants ne mangent pas de gros morceaux de tomate, je les rends donc difficiles à enlever en les coupant petits. J’ajoute des fines herbes comme de l’origan, du basilic ou de la sauge. Vous pourriez ajouter des herbes fraiches ou encore un mélange d’épices de votre choix. Pour cette recette, j’ai également ajouté un zuchinni (une courgette).

Pendant ce temps, j’ai fait cuire mes pâtes dans l’eau salée. Comme pour la plupart des recettes de pâtes, vous garderez environ une tasse d’eau de cuisson pour aider à étendre la sauce. J’ai utilisé des spaghettis de blé entier pour cette recette mais les spaghettis sont difficiles à mélanger avec la sauce. Cette sauce se prête particulièrement bien au spaghetti  cependant. Peut-être que les linguini seraient plus faciles à manier?

Lorsque les tomates sont bien molles, je réduis le feu et je lance le contenu du contenant d’humus dans la poêle. Je mélange bien afin que la température de la sauce soit constante puis j’ajoute les pâtes. Un autre avantage de la cuisine végétarienne est de ne pas avoir à s’inquiéter de la température, de la cuisson et des méchantes bactéries.

Quand la sauce est prête, je mélange les pâtes dans la sauce (et non le contraire!) petit-à-petit en me servant de l’eau de cuisson des pâtes quand ça devient trop épais.

Je sers les pâtes avec des haricots frais cuits à la vapeur et les amateurs d’épice y ajoutent de la sauce piquante. Je crois que la sauce Tabasco est bien compatible avec les pois chiches. La harissa ne serait pas mal non plus. J’ai congelé un sac de pâtes à la sauce mais je crois qu’il aurait été plus efficace de congeler la sauce puis faire les pâtes fraîches. Essaie et erreur « all the way, baby! »

Bon appétit!