“Laisse-le pleurer!”


Le mois de septembre est passé et aujourd’hui c’est octobre qui s’achève. Les jumeaux ont 13 mois et Lucas est sur le point de marcher. Les nuits ne s’améliorent pas et s’empirent parfois au gré des rhumes et des poussées dentaires. Le manque de sommeil depuis septembre 2011 affecte ma concentration, ma mémoire et mes facultés en général. Mes contributions à mon blogue se font rares. J’ai du mal à trouver des sujets et quand j’en trouve, j’ai du mal à écrire. Certains me diront que c’est le temps de laisser mon bébé pleurer et qu’il va finir par faire ses nuits. Et si c’était mon premier bébé, je serais tentée de les écouter.

Gâté pourri ou là où il devrait être?

Mais au bébé#7 j’aime penser qu’on a acquis une certaine sagesse, une mémoire née de l’expérience et qu’on a finalement compris que « laisser le bébé pleurer » n’est pas la panacée qu’on croyait qu’elle serait.

On a finalement compris que le bébé n’allait pas pleurer une fois et qu’il dormirait ensuite une fois pour toute. On se souvient que si l’extinction des pleurs se fait parfois rapidement et de manière permanente, pour la plupart des bébés elle devra être répétée avec chaque rhume, chaque dérangement, chaque poussée dentaire. Et que les pleurs ne vont pas durer 30 à 45 minutes pendant 2 jours mais 3 à 6 heures pendant 1 mois. Et que le déficit de sommeil qu’on avait accumulé allait devenir bien pire avant de s’améliorer… et qu’encore, il n’allait peut-être pas s’améliorer du tout. Car ce que les manuels et votre médecin ne vous disent pas, c’est que certains bébés ne répondent pas à l’extinction.

C’était le cas de mon bébé#4 et de mon bébé#6. « Laisser mon bébé pleurer » m’a fait perdre les quelques heures de sommeil que j’avais. Les cris incessants, nuit après nuit, ont fait naître chez moi des sentiments violents de colère, de frustration et de dépression. Je me suis entêtée pour trop longtemps avant d’abandonner.

Est-ce que mes enfants en ont été marqués? Je ne sais pas.   Les experts qui paient leur hypothèque en vendant des livres sur le sommeil me disent que non. Les experts qui paient leur hypothèque en vendant des livres sur l’attachement me disent que oui. Mon expertise ne paie rien et je crois que la réponse est à mi-chemin entre les deux.

Passer nuit après nuit à réclamer en vain la présence d’un parent à un âge de grande dépendance ne peut pas être sans conséquence. D’un autre côté, il ne s’ensuit pas que les conséquences sur le développement du tempérament et du caractère de l’enfant soient importantes. Ce que je sais c’est que j’ai – moi, maman – été marquée par ces nuits à écouter mon enfant crier sans pouvoir aller le réconforter, croyant qu’abandonner ne ferait que prolonger le cauchemar. Mais surtout, je n’ai pas un bon souvenir de la petite enfance des bébés que j’ai laissé pleurer. J’y ai gagné si peu — car même quand ils « font leur nuit » les bébés se réveillent souvent — mais je ne saurais jamais combien j’ai perdu.

C’est pourquoi j’ai décidé de faire les choses différemment. J’ai décidé de donner à mes bébés ce qu’ils demandaient et de m’adapter à leur besoins. Lorsqu’ils ont une mauvaise nuit marquée par un rhume, une poussée dentaire ou un dérangement, je vais les câliner. Je prends Lucas dans mon lit pour que nous puissions tous les deux dormir. Je suis fatiguée mais je profite de mes bébés. Je voudrais arrêter le temps, les garder petits, et c’est un nouveau sentiment chez moi. Un mélange de joie et de nostalgie, une appréciation pour les millions de petits moments de beauté qui apparaissent et disparaissent aussi vite. Une joie pure, non adultérée  par le stress de ne pas savoir si j’allais me ruiner en les prenant avec moi la nuit.

J’arrive à un âge et une étape de ma vie où j’ai envie de profiter de mon expérience. J’arrive finalement à une place de confiance en mon jugement et mes habilités de parent. J’ai aussi une vision à long terme, qui m’est offerte comme un cadeau par mes plus vieux, maintenant adolescents, qui me fait apprécier la simplicité des tout-petits. J’aime être ici, maintenant. Je suis fatiguée mais je suis heureuse.

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Des nouvelles des jumeaux: 6 mois!


Et nous y voilà! 6 mois! Une demi année! Le temps a passé tellement vite… ou comme l’a remarqué mon mari: “Ça passe vite lentement.” Au cours du dernier mois, j’ai travaillé à établir une routine de dodo passablement prévisible et à améliorer mon attitude face aux limites de ma “nouvelle vie”. J’ai écrit un post là-dessus (en anglais): A stranger in a strange land

Il y a deux semaines, nous avons initié le processus de transfert des jumeaux de ma chambre à la leur. J’avais essayé un mois auparavant mais je n’arrivais pas à me séparer des bébés. J’ai tout de suite vécu la différence entre un changement trop hâtif et un changement à terme: la première fois, le changement était un stress mal absorbé par maman et les bébés. La deuxième fois, les bébés ont commencé à mieux dormir et maman n’avait aucune anxiété. Ceci étant dit, Lucas se réveille quand même 3 fois la nuit, vers 11:00, 1:00 et 3:00 puis se réveille pour la journée vers 5:30-6:00. Avec l’unique réveil de Ève vers 4:00, ma nuit ressemble à un patchwork de petite siestes: 23:00, 01:00, 3:00, 04:00 puis lever pour la journée avec Sarah et Lucas vers 5:30.  C’est plutôt assommant et je m’attends à ce que cette routine continue jusqu’au sevrage des jumeaux. J’espère les allaiter au moins 2 ans… On verra bien.

Côté positif Lucas se couche le soir sans le moindre cris. Il proteste un peu au moment de la sieste mais de manière générale, il s’endort seul. Ce qui m’amène à une observation sur les méthodes d’entraînement au sommeil telles que Healthy Sleep Habits et la méthode 5-10-15. Ces méthodes assument que les bébés qui protestent le dodo le font pour une seule raison: leur incapacité de s’endormir seuls. En les laissant pleurer, ils sont forcés d’apprendre comment s’endormir. En parlant avec d’autres mamans et en ayant le privilège d’observer mes jumeaux, deux bébés fort différents, j’ai remarqué que Lucas était tout à fait capable de s’endormir seul. Le soir, il s’endort sans un bruit. La nuit, lorsque je l’allaite, il retourne au lit réveillé en se rendort de lui-même. Il ne s’agit donc pas d’une incapacité qui doit être apprise mais d’un besoin en soi. Ce qui m’amène à ma seconde observation. Laisser pleurer un bébé ne lui apprend pas à s’endormir. Lorsque Lucas s’endort après avoir pleuré, il s’endort d’épuisement et non parce qu’il a soudainement “appris” à s’endormir. Parfois, il pleure d’épuisement et il s’endort généralement en moins de 10 minutes. Lorsqu’il pleure pour plus longtemps que 10 minutes, je dois tenter de trouver pourquoi il n’arrive pas à dormir. Ceci étant dit, bien que Lucas soit un bébé qui n’aime pas être seul, il demeure un petit bonhomme plein de sourires et d’entregent.

Ève… que dire de Ève? Encore et toujours une petite fée, un bébé tout en plaisirs et lumière. Un petit bonbon rose. Elle dort, elle mange et elle souri. C’est parfois déconcertant d’avoir un jumeau aussi facile à côté d’un jumeau plus intense mais Ève sait se faire entendre quand elle en a besoin. Elle est plus casanière que Lucas et a du mal à dormir dans la poussette ou dans l’auto. Ceux qui nous voient surtout à l’extérieur de la maison ont l’impression que Ève  est plus difficile. Et pour autant qu’elle attend plus longtemps que Lucas avant de se faire entendre, un coup parti c’est la fin du monde. Une fois allumée, sa mèche est beaucoup plus courte que celle de son frère. Physiquement, elle traîne toujours son faible poids de naissance et son développement  est toujours 4 semaines derrière son frère. Cependant, elle a trouvé ses pieds avant Lucas et je l’ai vu pousser un jouet avec son pieds pour pouvoir mieux l’attraper avec sa main: sa coordination est vraiment bien développée.

Lorsque les jumeaux ont eu 6 mois, Colin m’a dit “He, ça fait 6 mois que tu n’as pas dormi!” Un peu plus en fait si je compte le dernier mois de grossesse. J’ai un mal de tête constant et je carbure aux Advil. J’ai du mal à me concentrer et à réfléchir. Je vis 20 minutes à la fois. C’est un style de vie très isolé et très dépendant. D’un côté, les contacts avec l’extérieur me manquent mais d’un autre côté, je suis contente d’avoir l’occasion de me rapprocher de ceux qui m’aident, comme mes parents et certains amis. C’est un retour à l’essentiel et au minimalisme d’un cercle intime. Et avec le retour un peu trop hâtif du printemps, je vais enfin pouvoir sortir de ma tanière.

Des nouvelles des jumeaux: 5 mois!


For my English readers: this is a 5-month update on the twins with a picture gallery at the end. Enjoy!

Les jumeaux viennent d’avoir 5 mois et c’est le moment de vous donner des nouvelles. J’ai essayé de faire une session photo de 5 mois mais les bébés grouillaient tellement que… vous verrez en allant voir la galerie ci-dessous. J’ai pensé qu’une série de photos manquées raconterait mieux l’histoire que les 2 ou 3 photos plus ou moins réussies!

Qu’est-ce qui se passe dans la vie de cirque? Nous avons combattu plusieurs virus et quelques bactéries. Ma fille de 3 ans a terminé la garderie et est de retour à temps plein avec maman. Évidemment, avoir une petite dynamo avec moi a causé sa part d’adaptation. Je dois redécouvrir mes repères de mère au foyer et en découvrir de nouveaux: quoi faire pendant la journée avec trois enfants de 3 ans et moins? Comment faire les courses? Comment faire le ménage? Les repas? Je regrette de vous annoncer que cette mère de 8 enfants n’a aucune solution miracle pour vous: je m’occupe de ce qui crie le plus fort, que ce soit un enfant, un frigo sans lait, des livres de biblio en retard ou un plancher plein de traces de pas. J’ai quelques trucs de survie, par exemple ma mère vient chez moi une fois par semaine pour m’aider à faire l’épicerie. C’est une belle occasion de joindre l’utile au nécessaire et à l’agréable. Ma belle-mère rempli régulièrement mon congélateur et je n’ai à faire le souper que si je le désire.

Au niveau du sommeil, je continue — certains pourraient penser “en vain” — ma quête d’une meilleure nuit avec les jumeaux. Il n’y a pas beaucoup de progrès au niveau du sommeil de nuit mais j’ai forcé certains changements au niveau des siestes. J’ai remarqué quand Lucas avait 4 mois qu’il s’endormait souvent en chignant dans son siège d’auto en attendant nos départs. C’était un petit pleur pas très convainquant, sans larmes, et de courte durée. J’ai donc commencé à le laisser s’endormir seul pour sa sieste du matin et son dodo de la nuit. Il chigne pendant 5 à 15 minutes et s’endort. Parfois il ne pleure pas du tout mais si son pleur se change en pleur à fendre l’âme, je vais le voir pour le calmer, soit en l’allaitant… soit en l’allaitant finalement. Garder Sarah à la maison m’a permis de mettre l’emphase sur l’établissement d’une routine de sieste du matin (puisque je n’ai plus besoin de sortir le matin). Maintenant que la sieste du matin et le dodo du soir sont bien établis, je me mets à la sieste de l’après-midi. Il semble que Lucas soit beaucoup plus éveillé l’après-midi et a du mal à se calmer assez pour dormir. Jusqu’à présent, je me suis rabattu sur la balançoire pour l’après-midi mais je commence à coucher Lucas dans son lit. J’ai aussi acheté une machine qui fait du bruit de fond (white noise) et ç’a beaucoup aidé.

Puisque Lucas allait pleurer un peu, j’ai décidé de faire d’une pierre deux coups et de me débarrasser des sucettes. Mission accomplie sans trop de douleur: 4-5 mois est une bonne fenêtre pour le faire. Les bébés ont assez de dextérité pour trouver leurs doigts s’ils en ont besoin, ils n’ont plus autant besoin d’être emmaillotés (quoique mes petits le sont encore mais avec un bras qui dépasse) et ils ne sont pas encore attachés à leur sucette. Je me sers de la sucette à l’occasion lorsqu’ils sont en voiture.

En bref, mes bébés se réveillent encore au moins deux fois par nuit chacun, c’est-à-dire aux 3 heures maximum. J’allaite le premier qui se réveille puis le deuxième a un biberon. Au prochain réveil, j’alterne. Les nuits sont encore intenses puisque la toux de Lucas ne s’améliore pas: nous devons nous lever pour aspirer ses sécrétions et l’aider à tousser au moins une fois par nuit. Mais au moins il est capable de s’endormir seul pour autant qu’il soit bien nourri!

Notre routine quotidienne est donc structurée autour des siestes et d’une tentative de sortie s’il fait beau dehors. Et le ménage dans tout ça? Une amie me demandait si nous avions une femme de ménage ce à quoi j’ai répondu “Non” et elle a ajouté “Donc vous le faites vous-mêmes?” En fait, nous ne le faisons pas nous même! Il fait beau dehors donc nous sortons. Bonne journée à tous!

Le cadeau de la santé


Journée de maladie

For my English readers: this is a blog post on the gift of health. If you have it, work to keep it!

Cet hiver a été la saison de tous les virus. Ma famille, généralement pétante de santé, a été malade, malade, puis encore plus malade. Les jumeaux combattent un virus respiratoire depuis la veille de Noël — un virus qui est en fait une succession de virus. J’ai eu une amygdalite, suivie d’une gastro, suivie d’une amygdalite. Les enfants ont attrapé, tour à tour, une variation de gastro, d’amygdalite et de virus respiratoire. Bref, c’est une véritable symphonie de maladie, fréquente chez certaines familles entre octobre et avril mais tout à fait inhabituelle chez nous (en fait, en allant chercher des antibiotiques à la pharmacie j’ai réalisé que certains de mes enfants étaient encore enregistrés sous leur ancienne ancienne adresse!)

Puisque j’ai un intérêt particulier pour toutes les questions alimentaires et nutritionnelles, il m’arrive souvent de réfléchir aux maladies qui nous affligent en nombre grandissant: obésité, diabète, dépression; ainsi qu’aux “nouvelles” maladies (qui ne sont peut-être pas si nouvelles) telles que la fatigue chronique, la douleur chronique, l’absence de résilience. J’ai un hobby d’espionnage des paniers d’épicerie et je me pose beaucoup de questions lorsque je vois une dame obèse avec son enfant obèse pousser un panier rempli de 18 caisses de Coca-Cola en solde. Est-ce qu’elle sait? Est-ce qu’elle s’en fiche? Ou est-ce qu’elle le sait, ne s’en fiche pas mais ne sait pas quoi faire d’autre?

Il n’en demeure pas moins que malgré mon intérêt pour les questions de santé, je n’ai jamais vécu la maladie. Hier soir, j’étais couchée après avoir pris une poignée d’Advil (avoir su que je dormirais aussi peu avec les jumeaux j’aurais acheté des parts chez Advil), pleine de courbatures à cause la fièvre, complètement épuisée de n’avoir presque pas dormi pour presque 5 mois, complètement vidée de n’avoir rien mangé depuis deux jours, et je me demandais “Est-ce que c’est ce que vivent les gens atteint de douleur chronique? Tous les jours? Sans arrêt?”. Puis ce matin mon fils essayais de prendre une photo de Ève avec une caméra digitale et j’essayais de dire à Ève: “Regarde la petite lumière rouge!” sauf que je n’arrivais pas à trouver le nom de la couleur. Rouge! Je rassemble mes pensées, et je dis:

“Ève, regarde la petite lumière….”

la couleur ne me vient toujours pas.

“…la petite lumière… jaune!”

Mon fils éclate de rire et moi je ris un peu jaune.

“Ève, regarde la petite lumière… Jaune!!”

Là je commence à ne pas trouver ça drôle. Je me concentre. “Ève, regarde la petite lumière…” je vois le mot “rouge” dans ma tête.

“Regarde la petite lumière… verte!”

Non mais c’est pas possible! Puis je me suis demandé: “Est-ce que c’est ce que vivent les gens atteints de fatigue chronique?” Avoir le cerveau en fouillis, incapable de se concentrer, probablement incapable de travailler.

Pour moi, cet hiver de tous les virus viendra à sa fin. Pour tant d’autres, le cadeau de la santé leur échappe et leur échappera peut-être pour toujours. Si vous avez la santé, si vos enfants sont en santé, donnez-vous une bonne tape dans le dos et ne la laissez pas s’échapper. Vous avez peut-être des bons gènes ou elle est venue à un prix. Mais le prix à payer ne sera jamais aussi élevé que le coût de la perdre. Santé!

Mise-à-jour: sommeil des jumeaux


For my English readers: My site stats show that a lot of people stumble upon Vie de Cirque while looking for information about twins and sleep in French (“jumeaux” and “sommeil” if you must know.) This post is an update about my twins: short on helpful information and high on lived chaos.

Les statistiques de mon blogue démontrent que plusieurs lecteurs tombent sur Vie de cirque en faisant une recherche sur les termes “sommeil” et “jumeaux”. Voici donc une mise-à-jour sur le sommeil des jumeaux contenant très peu d’information utile: si vous avez des jumeaux et que vous manquez de sommeil, je suis de tout cœur avec vous! (et n’hésitez pas à me dire ce qui a marché pour vous!)

Après avoir écrit plusieurs fois sur le sommeil des jumeaux (ou plutôt son absence), j’ai décidé de faire preuve de plus de flexibilité et de me concentrer sur la survie plutôt que sur le principe. Pour une semaine ou deux, ç’a bien fonctionné et nous avons établi une routine de nuit qui semblait profiter à tout le monde: vers 19:00, les jumeaux se couchaient pour la nuit et dormaient jusqu’à minuit-1:00. Lors de leur premier réveil je les nourrissais (un au sein, l’autre au biberon) puis on se recouchait pour 2-3 heures jusqu’au prochain réveil. Vers 3:00, je prenais le premier réveillé au lit avec moi puis je le recouchais lorsque le deuxième se réveillait. Après 3:00 du matin ma nuit était terminée à toute fin pratique mais au moins je ne me levais plus (à part pour prendre les bébés qui dorment dans une couchette à côté de mon lit.). Vers 06:30-7:00 nous étions tous debout pour la journée.

Puis une nuit, Lucas n’a pas voulu se rendormir après son boire de 03:00 et j’ai commencé à le garder au lit avec moi. Puis il a n’a plus voulu simplement dormir avec moi, il a voulu téter sans arrêt jusqu’au lever. Puis ce n’était plus à partir de 3:00, c’était 2:00 puis 1:30 et ainsi de suite. Au début j’ai cru que Lucas avait besoin de plus de chaleur humaine mais mon mari, plein de sagesse, a suggéré qu’il avait peut-être encore faim. D’une manière ou d’une autre, exclure la faim en lui donnant une plus grosse bouteille n’était pas une mauvaise idée.

En bref, Lucas a faim. Et moi je suis fatiguée que Lucas ait faim. Ça fait 4 mois que ma vie est réglementée par les minutes au sein, les tours de bouteille, les millilitres de formule.

Au milieu de tout ça j’ai du mal à trouver l’équilibre entre trop et pas assez. Puisque je suis atteinte d’hypoplasie mammaire du côté gauche, j’ai beaucoup de mal à produire assez de lait pour nourrir deux bébés exclusivement au sein. J’ai réussi à réduire leur supplémentation jusqu’à 4-6 onces par jour (250-300 ml) mais c’était un travail continu: je devais avoir les bébés au sein toute la journée et toute la nuit en ne laissant pas plus de 2 heures s’écouler entre le début d’une tétée et celui de la prochaine (et puisqu’une tétée dure environ 45 minutes, les tétées reviennent souvent!). Les bébés avaient tout le temp faim puis je suis tombée malade et ma production a chuté. Tout était à recommencer.

L’allaitement de mes jumeaux me pose un dilemme continuel depuis leur naissance. Les bébés ont besoin de lait maternel. Je peux les allaiter exclusivement (ou presque) mais l’allaitement exclusif vient à un coût élevé pour moi et ma famille. Les jumeaux ne sont pas les seuls qui ont besoin de moi, cependant ce sont les plus vulnérables et cet âge de grande vulnérabilité sera bientôt terminé. Je ne suis pas de celles qui croient que la formule est normale et le lait maternel est meilleur. Pour moi, le lait maternel est normal et la formule est moins bonne. C’est une différence de perspective qui rend la supplémentation plus difficile à accepter. Comment puis-je choisir de ne pas donner à mes bébés ce sont ils ont le plus besoin? D’un autre côté, est-ce que je les aide s’ils ont toujours faim?

J’ai rencontré une maman de jumeaux qui m’a dit de ne pas lâcher avant 6 mois car tout s’améliore après. L’introduction des solides laisse un peu plus de flexibilité quant à la supplémentation et les tétées ne sont plus autant régimentaires. Enfin, j’imagine. Car si tout est plus intense avec des jumeaux (et ça l’est!), le soulagement doit l’être aussi avec chaque coin tourné. Avoir 8 enfants m’a appris une chose: tout passe et les enfants grandissent.

Câlins


Il y a quelques jours j’ai publié sur les difficultés que j’avais à faire dormir Lucas. Vous pouvez lire la publication (en anglais) ici. En somme, Lucas est un bébé adorable et souriant mais qui a du mal à s’endormir seul. Dans un moment de panique sans doute causé par un excès d’hormones (car je ne suis pas d’un naturel paniqué), je me suis vue passer les deux prochaines années à endormir Lucas en le berçant ou en l’allaitant à toutes les 30 minutes. Ce n’est pas tiré par les cheveux: je l’ai fait pour Colin, Marie et Sarah. Et pourtant, après 6 enfants, je devrais savoir que l’art de s’endormir c’est comme la propreté: ça ne se force pas, ça vient de l’enfant ou ça ne vient pas. Bien qu’il soit possible d’aider nos bébés à développer une bonne hygiène du sommeil en les encourageant à apprendre à s’endormir seuls, j’ai du mal à décider quoi faire avec Lucas. J’ai essayé de le mettre au lit somnolent mais réveillé, J’ai essayé de le mettre au lit endormi, mais Lucas se réveille aussitôt que je le dépose. J’ai dû me rendre à l’évidence: soit je l’endort sur moi ou dans la balançoire, soit je le laisse crier.

Il est parfois nécéssaire de laisser un bébé pleurer afin qu’il se rendorme seul. Certains parents (comme moi) éprouvent beaucoup de réticence à laisser un bébé pleurer et choisissent plutôt d’aider l’enfant à se rendormir en l’allaitant ou en le berçant ou en lui redonnant sa suce qu’il a laissé tomber. J’ai essayé la méthode du 5-10-15 avec Colin, Marie et Sarah avec plus ou moins de succès. Mais il semble que plus je vieilli — et plus je me rapproche de la fin des bébés — plus je veux apprécier mes bébés et non me battre avec eux. J’ai dû beaucoup porter Marie et Colin et je regrette de ne pas l’avoir fait avec plus de coeur: en rétrospective, ils ne sont pas restés bébés bien longtemps. Oui leur petite enfance était intense. Mais il me semble, aprés réflection, que j’aurais pu la rendre moins intense en ayant une meilleure attitude. Ça n’aurait rien changé aux besoins de mes bébés mais j’en aurais sans doute de meilleurs souvenirs.

C’est ainsi que j’étais indécise, paralysée par la fatigue, prise entre mon besoin de sommeil et mon appréhension à laisser Lucas pleurer. Puis est arrivée une journée de fous. Un samedi où j’étais seule avec une montagne de travail et 8 enfants. Ève dormait et Lucas, bien, Lucas ne dormait pas. Il était complètement épuisé, incapable de s’endormir au sein ou dans l’écharpe. Au bout du rouleau, j’ai dis à Lucas: “Bien si tu vas pleurer mon bonhomme, aussi bien de pleurer dans ton lit!” et je l’ai mis au lit pendant que je faisais quelques tâches. Au bout de 15 minutes, incapable de le laisser pleurer plus longtemps, je suis allée le rechercher. C’est alors qu’il a poussé un long soupir, a fermé les yeux et s’en endormi dans mes bras en finissant de sangloter. Ensuite, je suis tombée sur cette illustration au dos du dernier Youpi! des enfants. C’en était trop.

Lucas, c’est mon nounours. Je ne peux pas le laisser pleurer quand il a seulement besoin d’être tenu bien au chaud. Lucas n’a pas besoin de se faire une maman de neige quand il se sent seul. C’est vrai que le sommeil est une composante importante de la santé en général et qu’une mauvaise hygiène du sommeil entraîne des problèmes de toute sorte chez le bébé et l’enfant. Là où je décroche, c’est à l’idée que l’apprentissage du sommeil passe par l’apprentissage de l’autonomie. Car le besoin d’affection et d’attachement est au moins aussi important à la survie du petit humain que le besoin de repos.

Lorsque je vais repenser aux premiers mois de Lucas, je veux me souvenir des câlins, pas des cris.