Relâche – March Break


La relâche scolaire de mars vient de se terminer. C’était une belle petite semaine bien tranquille pour nous: pas de voyage ou de destination exotique. Nous avons passé la semaine à la maison et nous avons profité de deux belles fins de semaine séparées  par une semaine un peu mouillée et venteuse. En voici les meilleurs moments:

Des nouvelles des jumeaux: 6 mois!


Et nous y voilà! 6 mois! Une demi année! Le temps a passé tellement vite… ou comme l’a remarqué mon mari: “Ça passe vite lentement.” Au cours du dernier mois, j’ai travaillé à établir une routine de dodo passablement prévisible et à améliorer mon attitude face aux limites de ma “nouvelle vie”. J’ai écrit un post là-dessus (en anglais): A stranger in a strange land

Il y a deux semaines, nous avons initié le processus de transfert des jumeaux de ma chambre à la leur. J’avais essayé un mois auparavant mais je n’arrivais pas à me séparer des bébés. J’ai tout de suite vécu la différence entre un changement trop hâtif et un changement à terme: la première fois, le changement était un stress mal absorbé par maman et les bébés. La deuxième fois, les bébés ont commencé à mieux dormir et maman n’avait aucune anxiété. Ceci étant dit, Lucas se réveille quand même 3 fois la nuit, vers 11:00, 1:00 et 3:00 puis se réveille pour la journée vers 5:30-6:00. Avec l’unique réveil de Ève vers 4:00, ma nuit ressemble à un patchwork de petite siestes: 23:00, 01:00, 3:00, 04:00 puis lever pour la journée avec Sarah et Lucas vers 5:30.  C’est plutôt assommant et je m’attends à ce que cette routine continue jusqu’au sevrage des jumeaux. J’espère les allaiter au moins 2 ans… On verra bien.

Côté positif Lucas se couche le soir sans le moindre cris. Il proteste un peu au moment de la sieste mais de manière générale, il s’endort seul. Ce qui m’amène à une observation sur les méthodes d’entraînement au sommeil telles que Healthy Sleep Habits et la méthode 5-10-15. Ces méthodes assument que les bébés qui protestent le dodo le font pour une seule raison: leur incapacité de s’endormir seuls. En les laissant pleurer, ils sont forcés d’apprendre comment s’endormir. En parlant avec d’autres mamans et en ayant le privilège d’observer mes jumeaux, deux bébés fort différents, j’ai remarqué que Lucas était tout à fait capable de s’endormir seul. Le soir, il s’endort sans un bruit. La nuit, lorsque je l’allaite, il retourne au lit réveillé en se rendort de lui-même. Il ne s’agit donc pas d’une incapacité qui doit être apprise mais d’un besoin en soi. Ce qui m’amène à ma seconde observation. Laisser pleurer un bébé ne lui apprend pas à s’endormir. Lorsque Lucas s’endort après avoir pleuré, il s’endort d’épuisement et non parce qu’il a soudainement “appris” à s’endormir. Parfois, il pleure d’épuisement et il s’endort généralement en moins de 10 minutes. Lorsqu’il pleure pour plus longtemps que 10 minutes, je dois tenter de trouver pourquoi il n’arrive pas à dormir. Ceci étant dit, bien que Lucas soit un bébé qui n’aime pas être seul, il demeure un petit bonhomme plein de sourires et d’entregent.

Ève… que dire de Ève? Encore et toujours une petite fée, un bébé tout en plaisirs et lumière. Un petit bonbon rose. Elle dort, elle mange et elle souri. C’est parfois déconcertant d’avoir un jumeau aussi facile à côté d’un jumeau plus intense mais Ève sait se faire entendre quand elle en a besoin. Elle est plus casanière que Lucas et a du mal à dormir dans la poussette ou dans l’auto. Ceux qui nous voient surtout à l’extérieur de la maison ont l’impression que Ève  est plus difficile. Et pour autant qu’elle attend plus longtemps que Lucas avant de se faire entendre, un coup parti c’est la fin du monde. Une fois allumée, sa mèche est beaucoup plus courte que celle de son frère. Physiquement, elle traîne toujours son faible poids de naissance et son développement  est toujours 4 semaines derrière son frère. Cependant, elle a trouvé ses pieds avant Lucas et je l’ai vu pousser un jouet avec son pieds pour pouvoir mieux l’attraper avec sa main: sa coordination est vraiment bien développée.

Lorsque les jumeaux ont eu 6 mois, Colin m’a dit “He, ça fait 6 mois que tu n’as pas dormi!” Un peu plus en fait si je compte le dernier mois de grossesse. J’ai un mal de tête constant et je carbure aux Advil. J’ai du mal à me concentrer et à réfléchir. Je vis 20 minutes à la fois. C’est un style de vie très isolé et très dépendant. D’un côté, les contacts avec l’extérieur me manquent mais d’un autre côté, je suis contente d’avoir l’occasion de me rapprocher de ceux qui m’aident, comme mes parents et certains amis. C’est un retour à l’essentiel et au minimalisme d’un cercle intime. Et avec le retour un peu trop hâtif du printemps, je vais enfin pouvoir sortir de ma tanière.

Jumeaux: L’histoire bien ordinaire de deux bébés en santé — Médecin ou sage-femme?


Une des premières décisions à prendre lorsqu’on apprend qu’il y a deux bébés là-dedans est de décider qui va assurer notre suivi de grossesse. En Ontario (et dans plusieurs provinces canadiennes) les grossesses peuvent être suivies par une sage-femme, un médecin de famille ou un obstétricien-gynécologue. Les sage-femmes pratiquent en hôpital et à la maison. Pour une grossesse multiple, la sage-femme fait la plupart du suivi avec quelques rendez-vous clef avec le médecin. Lors de l’accouchement, la sage-femme et un médecin assistent à l’accouchement. Si la mère doit accoucher par césarienne, un gynécologue fera la césarienne. Les femmes qui attendent des jumeaux sans complications majeures peuvent rester avec leur sage-femme sans problème. Si des complications arrivent en cours de grossesse, les soins seront transférés, temporairement ou de manière permanente, à un spécialiste. Une grossesse multiple comporte plus de risques qu’une grossesse simple, cependant ces risques ne se réalisent pas toujours. L’important, c’est que le suivi prénatal soit rigoureux.

Mes deux premiers enfants sont nés à l’hôpital avec un médecin de famille. Après une rencontre avec une gynécologue peu avenante pendant mon deuxième accouchement, j’ai préféré avoir une sage-femme pour mon troisième accouchement. Mes troisième, quatrième et cinquième bébés sont nés à la maison avec une sage-femme (techniquement deux sage-femmes et une stagiaire). À cause de complications suite à mon cinquième accouchement, mon sixième bébé est né avec une sage-femme à l’hôpital. Lorsque je suis tombée enceinte pour la septième fois, j’ai tout de suite appelé ma sage-femme et commencé le suivi prénatal. Après l’annonce des jumeaux j’ai pensé que ma sage-femme continuerait mon suivi jusqu’à l’accouchement. Puis on m’a expliqué comment ça allait fonctionner…

L’hôpital auquel ma sage-femme avait ses privilèges n’acceptait les accouchements qu’à partir de 34 semaines (je crois, ma mémoire pourrait me faire défaut.) “Très bien, ai-je déclaré, si j’entre en travail avant 34 semaines, je n’aurai qu’à me présenter au centre tertiaire le plus proche.” Non, m’a-t’on répondu, pas exactement.

“Puisque ta sage-femme pratique à l’hôpital X, tu dois te présenter à l’hôpital X avec ta sage-femme. Puisqu’il s’agit d’un travail prématuré, ta sage-femme devra confirmer que tu es bel et bien en travail et puisqu’il s’agit d’un cas qui requiert un transfert de soins de la sage-femme à l’obstétricien, l’obstétricien de service à l’hôpital X devra être consulté avant de demander un transfert à un centre tertiaire. Tu sera ensuite transférée, sans doute par ambulance, au centre tertiaire. Cependant, puisqu’il s’agit d’un travail passablement prématuré et d’une grossesse multiple, ils devront te trouver une place dans un centre tertiaire qui aura deux lits en néonatalogie et un lit en maternité. C’est alors que les appels commencent. Ils vont appeler les 3 centres tertiaires de ta région et celui de Kingston…” Pardon??

Je comprenais que les transferts étaient fait régulièrement et avec beaucoup d’efficacité, cependant j’ai un historique d’accouchement précipité. Je voyais bien qu’un accouchement prématuré en cours de transfert, soit à mon hôpital d’origine ou en route, était une possibilité trop réelle pour être ignorée. Tellement réelle que ma sage-femme n’était pas entièrement à l’aise à l’idée de me garder. Et mon mari, pour sa part, avait déjà décidé que le jeu n’en valait pas la chandelle. De toute façon, j’allais accoucher en salle d’opération avec une équipe médicale sous la supervision d’un obstétricien gynécologue, même avec une sage-femme. C’est avec le coeur gros que j’ai annoncé à ma sage-femme que j’allais passer sous les soins d’un spécialiste et je lui ai demandé de me donner le nom d’un ob-gyn avec lequel elle aimait travailler. Puisque j’avais quand même l’intention d’accoucher sans épidurale, le plus naturellement possible, j’ai pensé qu’un médecin qui travaillait bien avec les sage-femmes serait plus apte à comprendre et accepter mes désirs. J’ai eu tout à fait raison. J’ai été référé à un excellent médecin que je n’ai pas vu beaucoup au cour de ma grossesse (le suivi était surtout assuré par l’infirmière en charge de l’obstétrique à moins de complications) mais qui était présent lors de mon accouchement.

Lorsque j’ai commencé à présenter des signes de travail prématuré à 24 semaines, j’étais contente d’avoir fait le changement. Pourtant, la décision de laisser ma sage-femme était un point bas de ma grossesse. J’en ai pleuré pendant quelques jours puis encore à 34 semaines lorsque j’ai réalisé que j’aurais pu garder ma sage-femme et accoucher à l’hôpital X.

Dans mon cas, la décision de passer  d’une sage-femme à un médecin a été prise à la lumière de risques connus. Cependant, c’était un sacrifice important. Les soins prodigués par les sage-femmes en Ontario sont inégalés, particulièrement du point de vue de la mère ou de la dyade maman-bébé. Les sage-femmes traitent la personne complète et apportent une attention particulière au bien-être de la maman, une perspective qui manque chez les médecins spécialistes. À moins que vous ne fassiez face à un risque connu qui justifie un recours anticipé au spécialiste, je vous recommande chaudement de consulter une sage-femme pour votre grossesse multiple. Même si ce n’est que pour un temps limité, vous bénéficierez de leur approche paisible et compétente.

Je n’avais pas de caméra digitale avant mon cinquième accouchement et j’ai donc peu de photos du travail des sage-femmes à la maison. Voici une petite présentation de quelques photos de mon dernier accouchement à la maison.

Jumeaux: L’histoire bien ordinaire de deux bébés en santé — L’annonce


Je n’avais pas planifié de tomber enceinte. Depuis quelques semaines, je manquais d’énergie et je me réveillais parfois la nuit avec des maux de cœur. C’était assez pour me mettre la puce à l’oreille mais pas assez pour me convaincre de passer un test de grossesse. Puis j’ai commencé à être en retard. J’étais nerveuse mais l’anxiété à l’idée d’être à nouveau enceinte m’empêchait d’aller passer un test de grossesse. Après une semaine de retard, je me suis dit que si j’étais effectivement enceinte tout ce que j’allais accomplir en repoussant le test de grossesse était de ne pas avoir de sage-femme. En Ontario, les sage-femmes ne répondent pas à la demande et les listes d’attentes sont longues. Mon mari était en voyage d’affaire. J’ai pris mon courage à deux mains et je me suis arrêtée à la pharmacie en revenant d’être allée conduire les enfants à l’école, avant de partir au travail. J’ai fait ma petite visite à la toilette et voilà, c’était confirmé. J’ai envoyé un texto à mon mari: appelle-moi, ce n’est pas urgent mais c’est important. Il a su tout de suite. J’étais en route pour le travail lorsqu’il a appelé, en train de contourner le monument commémoratif de guerre devant de Château Laurier.

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Jumeaux: L’histoire bien ordinaire de deux bébés en santé


For my English readers: I am starting a new page on Vie de cirque on life with twins titled (loosely translated): “Twins – A very ordinary story”.  I chose to write the twin page in French as my blog gets more hits from Internet searches about “jumeaux” than “twins.” I can translate as requested.

J’ajoute une nouvelle page à Vie de cirque sur la vie avec les jumeaux. La plupart des visiteurs de mon blog qui ne sont pas les membres de ma famille ou mes amis y arrivent par le biais d’une recherche Internet sur les jumeaux. Sur une de mes pages Facebook pour les parents de naissances multiples une maman enceinte de jumeaux a posé la question suivante:

Si vous pouviez retourner en arrière au moment où vos bébés sont nés, sachant ce que vous savez maintenant, quel serait votre meilleur conseil à vous-même?

Quelle excellente question! Quelle excellente occasion de réfléchir sur notre parcours et sur ce que nous avons appris, parfois à la dure! J’ai répondu à sa question sur Facebook — avec une vingtaine d’autres mamans — mais je n’avais pas assez d’espace pour tout exprimer. J’ai donc importé la question sur mon blogue et j’ai l’intention d’écrire une série d’articles sur les aspects pratiques (et moins pratiques) de la vie quotidienne avec les jumeaux.

Le premier article sera sur la grossesse et l’accouchement et j’y publierai certaines des meilleures photos que Clara a prise en salle d’opération. Si ce genre de récit ou de photos vous rendent mal-à-l’aise, je vous suggère de passer par dessus le post ou d’éviter la page des jumeaux. Mais ne vous inquiétez pas, il n’y aura rien de trop graphique!

Quoi dire aux parents de famille nombreuse: un guide pratique


For my English readers: I started writing my Friday Mixed Nuts in French when the third nut morphed into a stand-alone post. This post is a handy-dandy guide of what to say to parents of large families.

Cette semaine j’ai commencé à écrire mes faits divers du vendredi mais tous les articles de journaux qui m’avaient inspirés étaient en anglais, puis le troisième fait divers s’est transformé en article… bref, il faut savoir s’adapter dans la vie.

(Ce qui me rappelle un excellent conseil qui m’a été donné il y a fort longtemps par le diacre Marc Gauthier, parlant des gens comme moi qui avaient une bonne capacité d’adaptation: “nous devons nous adapter car nous le pouvons.” Certaines personnes n’ont pas la chance d’avoir une bonne capacité d’adaptation, une bonne résilience. Je m’adapte car je le peux. Et à la place de chialer, je reconnais ma chance.)

Les familles nombreuses laissent peu de gens indifférents. Mais au milieu de notre train-train quotidien, il est facile de l’oublier. Nous vivons nos vies de famille nombreuse d’à-peu-près la même manière que les parents de familles typiques (normales? conventionnelles?) avec notre petite routine, nos petites chicanes, nos victoires et nos défis. Comme l’a bien illustré le mari d’une amie, père de 7 enfants, dans un article publié récemment dans la circulaire d’une agence d’adoption: “Nous sommes une famille normale, la seule différence est la taille des casseroles dans lesquelles nous cuisinons.”

Je me rappelle encore la première fois que j’ai rencontré une famille nombreuse dans la nature. J’avais 2 enfants (j’en ai maintenant 8) et j’étais avec une amie qui en avait 3 (elle en a maintenant 7) et nous allions rencontrer une de ses copines qui en avait 7 (elle en a maintenant 10, allez visiter son site web au www.10kids.com ). J’étais fascinée, j’étais curieuse et j’ai sans doute posé toutes les questions indiscrètes qui me rendent dingue aujourd’hui). Qui se ressemble s’assemble et la plupart de mes amies ont des familles de plus de 5 enfants: nos familles se sont agrandies en parallèle et il est facile de se penser ordinaire quand on est entouré de gens extraordinaires.

Bien que nos familles attirent l’attention, il est bon de se rappeler que les parents de famille nombreuses sont quand même des humains en chair et en os et plus particulièrement qu’ils ressentent des émotions. C’est pourquoi la prochaine fois que vous voyez une famille nombreuse dans la nature et que vous ressentez le besoin d’entamer la conversation, essayer d’éviter les insultes. Voici des exemples de manières insultantes d’entamer la conversation:

– Êtes-vous malade? (et ses variantes: êtes-vous fou\folle et êtes-vous Catholiques?)

– Coudonc, vous avez pas le câble? (non et c’est pourquoi nous l’avons fait 7 fois et vous seulement 2)

– Vous ne savez pas comment on les fait? (oui et on est vraiment bons!)

L’insulte en tant que brise-glace est particulièrement grave lorsqu’elle est dispensée par quelqu’un qui travaille dans une industrie de service et à qui le parent donne de l’argent en échange pour un service qui n’inclus pas l’insulte. Vous seriez choqués du nombre de fois où un coiffeur ou une esthéticienne m’a demandé si j’étais fêlée.Vous chargez extra pour le stress? Non mais…

Et s’il-vous-plaît, pour l’amour de tout ce qui est décent et respectueux, évitez de me dire que vous en avez eu 2 et que c’était déjà trop devant vos enfants! Parceque c’est pas gentil…

Le deuxième type de commentaire brise-glace à éviter est le commentaire qu’on appellerait en anglais TMI. (Too Much Information). Autrement dit, si vous me dites que vous ou votre mari a eu son “opération”, attendez-vous à ce que je vous demande chez quel vétérinaire. Sérieusement mesdames et messieurs, l’état de vos parties privées ne m’intéresse guère.

Mais quoi dire au parent de famille nombreuse si les insultes et l’état de votre tuyauterie est hors-limite?

C’est très simple:

– Wow!

– Félicitations!

C’est normal que vous soyez curieux mais essayez de poser vos questions d’une manière qui n’est ni insultante ni indiscrète. Par exemple, vous voulez savoir si nous allons avoir d’autres enfants. À la place de de demander “Pis, est-ce que c’est fini?” (indiscret) ou “Vous croyez pas à ça, la contraception?” (insultant) vous pouvez demander “Avez-vous toujours voulu une grande famille?” Vous verrez que la réponse à votre question s’y retrouvera sans doute. Mais entre vous et moi, il n’y a pas de manière polie de demander si tous les enfants sont du même père ou si nous sommes malades. Et si vous voulez apprendre à connaître une famille nombreuse mais que vous n’avez pas le courage de les inviter, offrez de les visiter et amenez le repas. Vous verrez bien que la meilleure manière de satisfaire votre curiosité est de créer un lien d’amitié.

Que fera-t’il quand il sera grand?


Mon fils de 5 ans a une présentation orale mercredi ou, comme on le traduit de “show and tell”, un “montre et raconte” (que ma famille a affectueusement rebaptisé “Montre et Racontre”). Le sujet: un métier. La préparation a commencé au début du mois lorsque l’horaire des présentations est revenu à la maison. Mon bonhomme a annoncé:

On doit présenter sur un métier. Moi je vais parler de ce que je vais faire quand je vais être grand. C’est… DE l’ARGENT!!!

Quand n’avons-nous pas voulu être une petite mouche sur le mur en salle de classe? Sa soeur lui a demandé: “Tu veux être banquier?” il lui a répondu: “Non, je veux faire de l’argent, comme papa!”

*Ahem*

Mon mari travaille souvent de la maison et avant de descendre dans son bureau avec son café, embrasse les enfants et leur dit: “Bon, je m’en vais faire de l’argent.” On l’aura vu venir!

Ce matin, j’ai rappelé à mon bonhomme qu’il devait pratiquer sa présentation pour mercredi. Il s’est mis bien droit dans la cuisine et a déclaré:

Premièrement, je vais poser une devinette aux amis. Je vais leur demander de deviner ce que je vais faire quand je serai grand. Personne ne va deviner!”

Ensuite, je vais leur dire “C’est… de l’argent!”

Pour faire de l’argent comme mon papa, il faut avoir un bureau dans le sous-sol et un ordinateur.

Moi, je vais faire de l’argent avec mon ordinateur pour pouvoir acheter plus de nourriture.

Petite mouche sur un mur…

Amitiés


Tout plein de cœurs à la cannelle à tous nos amis!

For my English readers: This post is about friendships and the things we give-up when we become parents.

Prendre la décision d’avoir des enfants, c’est décider de s’excuser de l’avant-plan, de donner la priorité, de céder le passage. Certains parents ne l’apprennent jamais. D’autres l’apprennent presque par accident. Vous seriez surpris par le nombre de personnes qui me disent:

   J’ai arrêté à 2. Je suis trop égoïste pour en avoir plus.

J’ai toujours trouvé ça triste. Intuitivement, on a tendance à penser que ceux qui l’admettent ont l’honnêteté de reconnaître leurs limites. Après tout, combien d’enfances malheureuses ont été causées par des parents égoïstes incapable de reconnaître leur inhabilité à faire passer leurs enfants avant eux-mêmes? Et pourtant, n’y a-t-il pas quelque chose d’extrêmement triste en cette fierté d’être égoïste, en cette absence de gêne? Comme si l’égoïsme devrait être la norme et le don de soi l’exception. Comme s’il n’y avait aucune valeur à tenter de surmonter nos faiblesses, de grandir au-delà de nos limites? Dans le fond, ne sommes-nous tous pas trop égoïstes de nature? Je le suis et je l’admets. Mais plutôt que de me complaire dans mon inhabilité de faire passer les autres devant moi, j’ai choisi d’ajouter plus “d’autres” dans ma vie, jusqu’au point où faire passer les autres est devenu plus simple que de tenter de me faire passer en premier.

Enfin, ce post n’est pas au sujet de ma supériorité morale — croyez-moi, il n’en est rien! — mais plutôt au sujet de ce que l’on abandonne au profit de nos enfants. Pour le meilleur et pour le pire.

Au cours des vacances de Noël, mon très talentueux frère s’est mis au pain et m’a demandé si je faisais toujours mon pain. “Ha! Ha!” ai-je répondu, “Ça c’était jusqu’au quatrième enfant!” Ça m’a fait réfléchir sur mon parcours de mère et les choses qui étaient tombées en cours de route. Par exemple, j’ai tué une plante verte pour chaque nouveau-né et depuis la naissance des jumeaux j’ai perdu la toute dernière. Les couches de coton n’ont pas survécu au quatrième enfant. J’ai abandonné mon hobby d’aquarium avec plantes vivantes après le cinquième. J’ai fait de la musique jusqu’à six enfants et ma guitare ramasse maintenant la poussière. J’ai fait mon pain jusqu’au troisième. Et ainsi de suite.

Puis il y a aussi toute sorte de choses que nous faisions entre familles jusqu’à ce que le train de vie effréné prenne le dessus. Le camping d’hiver dans un refuge, commencé comme activité père/enfants et qui a évolué pour inclure les mamans qui ne voulaient pas rester en arrière. Les partys d’igloo l’hiver, de cueillette de pommes l’automne et de n’importe quoi l’été, autant d’excuses pour inviter autant d’amis que possible et faire la fête. Les brunchs entre amis. Les randonnées en forêt. Les voyages d’un jour à Kingston ou à Montréal.

Aujourd’hui, nous arrivons au vendredi soir la langue à terre sans aucun désir de sortir. La maison en foutoir trahi les sorties en coup de vent entre deux activités. La fin de semaine passe en clin d’oeuil entre la gymnastique des uns, le travail des autres, les devoirs et le ménage. Dimanche soir se pointe le bout du nez et soudainement, le tapis roulant de la semaine reprend de l’élan. Semaine après semaine, mois après mois et, maintenant, année après année. Et tout d’un coup, je réalise que je n’ai jamais rencontré les plus jeunes enfants de certaines de mes plus anciennes amies. Ma vie sociale se déroule en mise-à-jour sur Facebook. Je n’appelle plus personne, à quoi ça sert? Je suis interrompue au bout de 30 secondes. Plus personne ne m’appelle et je me demande s’ils ont tout simplement abandonné ou si nous sommes toutes dans le même bateau.

Je n’ai presqu’aucun regret d’avoir eu à abandonner ceci ou celà au fil grandissant de ma famille.  Mais je m’ennuie de mes amies. De celles que je ne vois plus, de celles que je ne vois que rarement et de celles que je ne vois que superficiellement entre deux Latte avec les enfants qui attendent impatiemment. Je suis à la fois reconnaissante et embêtée par Facebook et ses amitiés faciles. Je sais qu’un jour les enfants seront grands et que nous auront à nouveau le temps de sortir et de recevoir. J’espère qu’il y aura encore du monde à voir à l’autre bout du tunnel.