L’école à la maison en français en Ontario: à quoi ça ressemble?


J’ai très peu publié depuis notre déménagement. Les ados utilisent mon ordinateur pour leur travail d’école et mon cerveau fonctionne au ralenti en soirée.

Il y a longtemps que je vous ai promis une publication sur l’enseignement à domicile en français. Je dois avouer que cette publication s’est fait attendre parceque nous nous ajustons encore au rythme de l’éducation à domicile. Les bonnes intentions de septembre se sont métamorphosées en réalité de janvier. Mise en face des limitations bien réelles de la vie dans une famille nombreuse avec deux enfants de 3 ans et un bébé, j’ai du rabattre les voiles de mes ambitions académiques pour faire face à la tornade de ma vie quotidienne.

Commençons donc au commencement. Quel était le plan original? Lorsque j’ai décidé de faire l’école à la maison, mes enfants souffraient d’un genre “d’écoeurantite” aiguë du français. À chaque Noël et pour leurs anniversaires, ma famille et moi nous efforcions de leurs trouver des romans à la mesure de leurs intérêts et de leur intelligence mais en vain. Seulement notre ado du milieu les lisait. Les autres s’en tenaient à leur position de départ, en quelques mots: “les livres en français, ça suce.” N’a aidé en rien le face-à-face violent entre mon fils aîné et la politique du français en vigueur à son école secondaire: les élèves n’avaient le droit de lire en anglais qu’en classe d’anglais. Pris en flagrant délit de lecture en anglais à plus d’une reprise il a été averti, averti encore, envoyé chez la directrice, ses parents ont été consultés et finalement mis en retenue. Sérieusement. Le français, c’était la langue de l’école, la langue du travail et la langue des enseignants un peu craqués qui mettent un garçon de 16 ans en retenue parcequ’il lit “Shake Hands with the Devil” dans sa langue d’origine. Enfin, ça ne donnait pas des rapports cordiaux entre mes enfants et leur langue maternelle. J’avais l’intention de réparer tout ça. Puisque mes enfants sont des lecteurs avides, je pensais enseigner le français d’une manière organique et plaisante à partir d’ouvrages de qualité intemporelle, ce que la pédagogue Charlotte Mason appelle les “living books”. Et c’est avec ma grammaire d’une main et mes livres vivants de l’autre que je m’apprêtais à redonner à mes enfants le goût du français.

Je n’ai pas réalisé que cette approche demanderait beaucoup de préparation pour maman et un minimum de bonne volonté de la part des enfants. Nous n’avions ni le temps pour l’un, ni le germe de l’autre et mes meilleures intentions se sont retrouvées le nez à l’eau. J’ai donc réajusté le tir et commandé des bons vieux exercices de français.

Voici maintenant la partie difficile, celle où j’admets mes erreurs et vous recommande de ne pas faire les mêmes. Puisque la grande majorité de mes lecturs francophones se trouvent en France, je me permet de commencer par une mise en contexte. Les francophones en Ontario sont en situation minoritaire. Le français est une langue officielle au Canada (avec l’anglais) et nous avons accès à de nombreuses ressources en français, même à l’extérieur du Québec. Mes enfants sont allés à l’école en français pour toute leur scolarité et ma fille aînée étudie à l’université en français. Malgré toutes ces ressources, nous devons quand même tenir les rennes du français bien en main pour le transmettre à nos enfants. Hors de l’école, la vie se vit en anglais.

Avant le déménagement nous habitions dans une région traditionnellement francophone et j’ai un peu — regard piteux — pris le français de mes enfants pour acquis. S’ils me parlaient en anglais, je répondais en anglais. Je les laissais jouer ensemble en anglais. J’écoutais surtout la radio en anglais dans l’auto et à la maison. Bref, lorsque nous avons retiré les enfants de l’école, leur exposition au français a chuté dramatiquement. Et soudainement, je me suis retrouvée à ramer à contre-courant. Je me suis soudainement imaginée avec des petits-enfants qui ne parlaient pas un mot de français et pour qui j’étais la mamie un peu bizarre qui leur parlait une langue qu’ils ne comprenaient pas. C’est aussi facile que ça l’assimilation. C’est un phénomène qui se produit par négligence plutôt que par application.

J’ai donc du retourner au B-A-BA de la vie en situation linguistique minoritaire et reprendre le contrôle du français à la maison. En commençant par l’école à la maison. J’enseigne toujours le français et l’anglais langue maternelle, c’est-à-dire que les deux langues sont apprises en tant que langue première. Mais le français, qui était souvent négligé par manque de temps de préparation a repris une place de premier ordre lorsque j’ai abdiqué et commandé du matériel éducatif “tout fait”.

Pour les petits (qui sont en 1ière et 3ième année, ou pour mes lecteurs français, CP et CE2) j’utilise les magnifiques ressources de la librairies des écoles. La librairie des écoles publie la méthode de mathématiques de Singapour, qui est non seulement réputée pour ses excellents résultats mais rencontre les attentes du ministère de l’éducation de l’Ontario. Et même un peu plus: mon fils de 9 ans a du commencer avec le manuel de CE1. Nous utilisons ces ressources pour le français (lecture, écriture, grammaire) et les mathématiques. Ils ont aussi un manuel d’éducation civile et morale qui me tente bien. Malheureusement, la librairie des écoles ne publie que pour le cycle primaire. J’aurais bien aimé en avoir pour les grandes aussi. J’ai également fait imprimer en couleur le manuel ancien Mico le petit ours que nous utilisons ensemble pour faire changement. La méthode syllabique très simple convient parfaitement à ma fille qui a un peu de mal en lecture.  Nous apprenons aussi des poésies que nous trouvons dans le Larousse de la poésie pour enfants.

Je supplémente les mathématiques avec Khan Academy (en français!) pour la pratique. Les enfants aiment bien pouvoir travailler sur l’ordinateur, ça change le mal de place.

Pour les sciences, j’ai commencé en septembre par une approche classique (genre “cours classique”) avec beaucoup de lecture et d’apprentissage par cœur (classifications, branches, genus…) mais cette approche ne sayait pas du tout à mes enfants actifs. J’ai donc demandé à David de choisir trois espèces animales qui vivent près de chez nous: un oiseau, un mammifère et un insecte. Il a choisi l’ours noir, le faucon et la coccinelle. Nous allons faire une étude approfondie de chaque espèce avec beaucoup de bricolage et d’exploration de notre forêt pour apprendre l’habitat. J’ai trouvé un curriculum complet sur l’ours noir avec feuilles d’activité sur le site de Ministère des ressources naturelles de l’Ontario sur lequel je me base.

Nous apprenons aussi le corps humain avec un livre des éditions Usborne (en français!). Nous avons beaucoup de plaisir à impressionner papa par nos connaissances des os et des systèmes du corps humain.

Pour les grandes (en 8e et 9ème — 5ème et 4ème pour mes amis français, secondaire 2 et 3 pour les québécois) j’utilise un mélange de livres (elles doivent lire en français à tous les jours), de dictée (et oui, la bonne vieille dictée ) et de grammaire Bled. Elles peuvent choisir leurs lectures. Elle doivent également lire et transcrire des œuvres de poésie. Je les prépare lentement à faire de l’analyse de poésie. Côté composition, elles ont des lacunes assez majeures et je crois qu’elles ont besoin de lire sans obligation (à part de le faire!) avant que je puisse les pousser plus loin. Nous sommes en mode “récupération”. Les mathématiques et les sciences se font en anglais. Si elles devaient réintégrer le système scolaire (ce que ma plus vieille espère) elles devront aller à l’école anglaise. Je préfère donc qu’elles y soient préparées. À partir de la 9ieme, elles prennent leurs cours de math et de science en ligne via “Virtual Learning Centre”. Elles reçoivent leurs crédits secondaire de l’Ontario et recevront donc un bulletin qu’elles pourront utiliser lorsque viendra l’heure d’appliquer pour leurs études post-secondaires. Côté pratique, c’est une chose de moins dont j’ai besoin de m’inquiéter.

Et voilà, un sommaire bien rapide de nos études en français à la maison. Je trouve la plupart de mes ressources éducatives sur Amazon.fr et plus rarement, Amazon.ca et la Librairie du centre à Ottawa. Je suis aussi accro du très beau site français Les petits homeschoolers où je trouve toute sorte d’idées intéressantes et d’activités à faire avec les enfants.

 

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10 thoughts on “L’école à la maison en français en Ontario: à quoi ça ressemble?

    1. It’s about homeschooling in French in Ontario, the resources we use and where we find them. Thanks for the visit! I always make sure to put some pictures for my English friends 🙂

      1. Allo Veronique, je suis tombée sur votre blogue en recherchant des programmes pédagogique en français. Nous planifions faire l’école à la maison l’an prochain. Nous habitons présentement à Ottawa mais nous déménagions en Nouvelle Écosse cet été. Vue qu’il y a plus d’option d’achats de livres francophone ici je m’enligne de m’organiser avant notre départ.
        Est ce que vous seriez ouverte à une petite conversation au téléphone pour discuter les livres que vous utilisez pour Math (Singapore Math) et pour enseigner le Français?

        Merci beaucoup
        Kathryne

      2. Salut Kathryne! Aver plaisir. Envoie-moi un courriel à veronique point Bergeron at fearlessfamilylife point com et je vais te donner mes coordonnées. Au plaisir!

  1. Bonjour Veronique! Je suis une de tes cousines Delaporte et vis en Espagne avec mes 4 filles. J´admire que tu te sois lancee dans cette aventure! Mes deux ainees vont au lycee francais a Malaga depuis cette annee, parce qu´a force d´etre baignees dans l´espagnol, elles en perdaient leur francais et j´avais aussi du mal a me maintenir ferme et imposer le francais a la maison. J´utilise les ressources de http://www.academie-en-ligne.fr/default.aspx pour les aider un peu et pour essayer d´enseigner le francais aux petites qui vont dans une ecole espagnole. Peut etre que tu trouveras le site utile comme moi! Bon courage et bises a toute ta grande famille de leurs cousins d´outre-mer. Marion Delaporte (fille de Marc)

    1. Bonjour Marion! Enchantée de faire ta connaissance via le blogue! Merci pour ce lien. Je suis toujours à la recherche de resources en français pour les enfants. Google m’aide un peu mais c’est toujours mieux d’avoir des sites recommandés. Merci et à bientôt!

  2. Bonjour Véronique!

    Je viens de découvrir ton blogue avec beaucoup d’intérêt grâce à une recherche Google. Je suis une Québécoise établie à Whitby, Ontario, depuis bientôt 3 ans, et mes enfants (des jumelles en 1re année) m’expriment leur envie d’être scolarisés à la maison. L’idée me tente et je compte bien explorer tes archives pour m’informer et m’aider à prendre une décision! Merci d’avoir documenté tout cela!

  3. Bonjour
    Je fais école maison aussi dans la région et je cherche un groupe avec lequel on peut faire des rencontres avec nos enfants. Avez vous des ressources?

    Merci!

    Poulette et cie

    1. Bonjour! Nous n’avons pas fait beaucoup de connections dans la communauté francophone depuis notre déménagement . Les activités que je fais sont surtout avec un petit groupe d’amies qui ont des enfants du même âge que les miens. Je trouve que c’est plus facile à gérer que les gros groupes qui font des sorties ensemble. J’ai fait le gros de mes connections via Facebook. Il y a beaucoup de groupes sur Facebook qui organisent des activités localement. Bonne chance!

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